Le "vrai patron" du pays a succombé à une crise cardiaque le 23 décembre.

L’Algérie a enterré mercredi, lors de funérailles dignes d’un chef de l’État, le puissant général Ahmed Gaïd Salah, homme fort de fait du pays ces derniers mois et gardien du "système" au pouvoir face à un mouvement de contestation populaire massif.

Exposé durant quatre heures au Palais du peuple, bâtiment d’apparat du centre de la capitale, sa dépouille, devant lequel hauts dignitaires et citoyens se sont recueillis, a ensuite pris, sur un affût de canon tiré par un véhicule de transport de troupes blindé, le chemin du cimetière d’El Alia, à une dizaine de kilomètres.

Chef d’état-major depuis 2004 de l’armée algérienne, institution pilier du régime qui dirige l’Algérie depuis son indépendance en 1962, le général Gaïd Salah, décédé lundi à 79 ans d’une crise cardiaque, a été inhumé peu après la prière de l’après-midi, au sein du carré des Martyrs, où reposent les anciens chefs d’État et grandes figures de la lutte contre le pouvoir colonial français.

Entré en fonction il y a moins d’une semaine, le président Abdelmadjid Tebboune, élu le 12 décembre lors d’une présidentielle portée à bout de bras par le général Gaïd Salah mais boudée par les électeurs, s’est recueilli devant le cercueil avant de présenter ses condoléances aux proches du défunt.

Le gardien du "système"

Sur le cercueil, entouré de quatre officiers de différents corps d’armée, reposait sur un coussin le collier de "Sadr" dans l’Ordre national du Mérite, une dignité réservée habituellement aux chefs de l’État, à laquelle l’avait élevé M. Tebboune, lors de son investiture le 19 décembre, dernière apparition publique du général Gaïd Salah.

Abdelkader Bensalah, effacé président par intérim entre la démission de Bouteflika et l’élection de M. Tebboune et de nombreux autres hauts responsables de l’État se sont également recueillis devant la dépouille de celui qui était apparu ces derniers mois comme le gardien du "système" au pouvoir face au mouvement ("Hirak") de contestation populaire qui agite l’Algérie depuis fin février.

Des citoyens sont ensuite entrés par petits groupes pour se recueillir tour à tour très brièvement devant le cercueil, avant son départ pour le cimetière.

Maître du pays

Chef d’état-major de l’armée durant 15 ans - un record - et en outre vice-ministre de la Défense depuis 2013, le général Gaïd Salah a eu le droit à des funérailles que n’ont pas eu ses prédécesseurs.

Durant plus de huit mois, il s’est affiché comme le maître du pays, donnant ses instructions à un pouvoir civil éteint depuis la démission du président Abdelaziz Bouteflika, et fut le visage public du haut commandement militaire, plus habitué à exercer son pouvoir en coulisses, derrière une façade civile.

Nommé chef d’état-major en 2004 par le président Abdelaziz Bouteflika, le général Gaïd Salah fut jusqu’en avril d’une loyauté sans faille envers celui qui l’avait fait roi, avant de le sacrifier brutalement au mouvement inédit de contestation du régime, né un mois plus tôt.

Son nom était conspué ces derniers mois dans les manifestations, pour la répression contre le "Hirak" et pour son acharnement à organiser une présidentielle vue par la contestation comme un artifice permettant la survie du "système" dont elle exige le démantèlement.

"Armée et peuple sont frères, et Gaïd Salah est avec les martyrs", a scandé dans la matinée la foule rassemblée devant le Palais du Peuple, détournant un slogan du "Hirak" dans lequel le chef d’état-major était traité de "traître".

À la télévision nationale, les commentateurs ont évoqué "un hommage exceptionnel pour un homme exceptionnel" qui a "inscrit son nom en lettres d’or dans l’histoire de l’Algérie". (AFP)