Le vote, dû en 2018, est nécessaire pour crédibiliser les élus chargés de la paix.

Guerre, coronavirus, principal opposant enlevé… Le contexte est aussi sombre avant le second tour des législatives au Mali, ce dimanche, qu’il l’était avant le premier, mais le gouvernement a choisi de maintenir le scrutin. Pour le président Ibrahim Boubacar Keïta, il y va de la nécessité d’apporter des réponses autres que strictement militaires à la profonde crise sécuritaire, politique ou économique que traverse le pays depuis des années.

Aller vers la paix

La majorité de la classe politique soutient le maintien de ce scrutin, reporté à plusieurs reprises. L’enjeu est de taille : renouveler un Parlement élu en 2013 dont le mandat devait s’achever en 2018 et faire enfin progresser l’application de l’accord de paix d’Alger. Celui-ci, signé en 2015 entre les groupes armés indépendantistes et Bamako, prévoit plus de décentralisation via une réforme constitutionnelle qui doit passer par l’Assemblée. Or la légitimité du Parlement sortant est contestée.

D’abord concentrée dans le nord du pays en proie à des rébellions indépendantistes, la crise a dégénéré avec l’arrivée sur l’échiquier sahélien de groupes djihadistes à partir de 2012. La violence frappe quotidiennement le centre et le nord du Mali. Les attaques contre les soldats et les civils alternent avec les explosions de mines artisanales, les morts se comptent par milliers et les déplacés par centaines de milliers.

"Dans le centre, les groupes terroristes sont en train de menacer les populations" pour les dissuader de voter, affirme Ibrahima Sangho, chef de mission de Synergie, plateforme d’organisations qui déploient des observateurs.

Violences au premier tour

Le premier tour du 29 mars a été marqué par des enlèvements de présidents de bureau et le vol, la destruction d’urnes, des raids d’intimidation à moto contre ceux qui voteraient. Un millier de bureaux, sur plus de 22 000, n’ont pas ouvert.

Sur les 147 sièges de députés, 22 ont été pourvus au premier tour. Parmi eux : Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition, kidnappé le 25 mars alors qu’il était en campagne. À défaut de preuve formelle, tous les soupçons pèsent sur le groupe djihadiste d’Amadou Koufa. Des négociations secrètes sont menées pour sa libération, selon son parti.

Ce rapt sans précédent n’avait pas dissuadé les autorités de s’en tenir au calendrier électoral, pas plus que l’officialisation, fortuitement simultanée, des premiers cas de contamination par le nouveau coronavirus. La campagne, déjà discrète, a dès lors disparu des débats.

Le Mali a officiellement déclaré 171 patients et 13 décès. Un couvre-feu nocturne a été institué, les écoles ont été fermées. Mais marchés, mosquées et transports n’ont pas désempli.