Deux semaines après la mort du président tchadien Idriss Déby, la junte au pouvoir, dirigée par son fils Mahamat Déby, a nommé dimanche un gouvernement de transition pour répondre aux inquiétudes internationales et intérieures. Depuis sa mise en place, au lendemain de la mort soudaine du chef de l’État, le Conseil militaire de transition (CMT), présidé par Mahamat Déby entouré de quatorze généraux qu’il a choisis, est accusé par l’opposition et la société civile de "coup d’État institutionnel" et de perpétuer une "dynastie" après 30 ans de pouvoir d’Idriss Déby.

Or Saleh Kebzabo, un des principaux opposants au maréchal Déby, a reconnu dimanche les nouvelles autorités et deux membres de son parti, l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR), ont été nommés aux postes de ministre de l’Élevage et de secrétaire général adjoint du gouvernement.

"On reconnaît l’autorité du CMT, sinon on ne va pas être au gouvernement", a déclaré à l’AFP M. Kebzabo, qui n’entre pas lui-même au gouvernement, fort de quarante ministres et secrétaires d’État.

Un autre opposant à Idriss Déby, Mahamat Ahmat Alhabo, du Parti pour les libertés et le développement (PLD), a, lui, été nommé ministre de la Justice.

Déby garde la main

Mais la plupart des ministères régaliens restent aux mains du Mouvement patriotique du Salut (MPS), parti du défunt Président, selon la liste annoncée dimanche soir à la télévision d’État par le porte-parole de l’armée, le général Azem Bermandoa Agouna.

Plusieurs anciens ministres du dernier gouvernement d’Idriss Déby ont été reconduits dans leur précédent portefeuille ou nommés à un autre ministère. Porte-parole du dernier gouvernement, Chérif Mahamat Zene est nommé ministre des Affaires étrangères, poste qu’il a déjà occupé de 2018 à 2020. De son côté, Daoud Yaya Brahim est en charge de la Défense, un portefeuille qu’il a déjà occupé sous Idriss Deby.

Par décret, le président du CMT, Mahamat Déby, général de 37 ans, a également créé un nouveau ministère de la Réconciliation et du Dialogue, après avoir récemment promis d’organiser un "dialogue inclusif".

Ex-rebelle et ex-conseiller

À sa tête, il a nommé une figure de la vie politico-militaire tchadienne : Acheick Ibn Oumar, ancien chef rebelle qui était devenu en 2019 conseiller diplomatique du président Déby.

La nomination du gouvernement de transition intervient tandis que l’armée et un groupe rebelle, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), combattent dans l’ouest du pays, dans la région du Kanem.

Les combats ont débuté le 11 avril, jour de la présidentielle au cours de laquelle Idriss Déby avait été réélu pour la sixième fois consécutive après avoir poussé au retrait ses principaux adversaires. C’est lors de combats entre l’armée et le FACT que Déby, monté au front, a officiellement été tué.