Un retrait qui éloigne la paix.

Son nom est en lui-même un gage de paix. Mais la démission soudaine de l’émissaire de l’Onu en Libye, Ghassan Salamé, qui a remis sa démission lundi au secrétaire général Antonio Guterrez semble compromettre un peu plus les perspectives d’une paix prochaine. De quoi inciter le gouvernement d’entente nationale (GNA), basé à Tripoli et soutenu par l’Onu, à encourager la communauté internationale à poursuivre ses efforts afin de "respecter ses engagements envers le peuple libyen (...) en consolidant la sécurité et la stabilité en Libye", selon les termes du communiqué du ministère des Affaires étrangères du GNA.

Dans cet immense pays désertique d’Afrique du Nord, deux autorités rivales soutenues militairement par des puissances étrangères se disputent le pouvoir depuis près de quatre ans. M. Salamé, 69 ans, a justifié sa décision par des "raisons de santé", au moment où le processus politique dans ce pays est plus que jamais dans l’impasse. "Je dois reconnaître que ma santé ne me permet plus de subir autant de stress, j’ai donc demandé au s ecrétaire général de me libérer de mes fonctions" , a écrit lundi le diplomate et politologue libanais sur son compte Twitter.

Le secrétaire général a fait savoir qu’il discuterait avec M. Salamé de la manière d’assurer une transition en douceur afin de ne pas perdre les acquis obtenus au cours de sa mission entamée en juin 2017.

Unifier les institutions de l’État

"J’ai essayé d’unir les Libyens et de restreindre l’ingérence étrangère" dans ce pays, a ajouté M. Salamé dans son annonce, évoquant notamment le sommet international sur la Libye organisé fin janvier à Berlin et les pourparlers interlibyens qu’il avait récemment lancés sur trois volets, politique, militaire et économique. Une trêve est observée, bien que régulièrement violée, depuis le 12 janvier aux portes de la capitale libyenne entre les forces du gouvernement de Tripoli et celles du maréchal Haftar, qui a lancé en avril 2019 une offensive sur la capitale.

Depuis cinq ans, deux autorités rivales se disputent le pouvoir en Libye : le gouvernement d’entente nationale (GNA) de Fayez al Sarraj, institué sous les auspices de l’Onu et basé à Tripoli, et une autorité alternative incarnée par le maréchal Khalifa Haftar, à la tête d’une force baptisée Armée nationale libyenne et basée dans l’Est. Le premier est appuyé par le Qatar et la Turquie, qui a envoyé des troupes en janvier dernier, tandis que le second l’est par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte.

M. Salamé a été nommé le 22 juin 2017 par le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, comme son nouveau représentant spécial et chef de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul), succédant à l’Allemand Martin Kobler. Depuis, il a tenté en vain de convaincre les belligérants libyens d’unifier les institutions de l’État et d’organiser des élections en vue de mettre fin aux divisions dans le pays.