La ville craint des infiltrations ADF et la propagation de l’épidémie de fièvre d’Ebola.

Marchés et boutiques fermés, motos surchargées roulant à vive allure, femmes portant enfants sur le dos et bagages sur la tête : la cité de Mangina (72 000 habitants), au Nord-Kivu, s’est quasiment vidée de ses habitants depuis samedi dernier. Ils redoutent l’imminence d’attaques des Forces démocratiques alliées (ADF). Samedi, l’une d’elles a fait huit morts et vingt disparus ; les cadavres d’une douzaine d’entre eux ont été retrouvés à Mangina.

Trois véhicules blindés de la mission des Nations unies en RDC (Monusco) sont stationnés à environ 10 km de Mangina, veillant sur les rares téméraires qui n’ont pas encore quitté le lieu.

Panique générale

Par groupes, des femmes et des enfants portant des baluchons, des sacs, des bidons, des matelas et des ustensiles de cuisine se dirigent lentement vers Beni, à 30 km.

Mangina, habitée principalement par des agriculteurs selon son bourgmestre, est complètement paralysée. L’hôpital s’est lui aussi vidé. "Les malades ont fui, même au niveau de la maternité, suite à une panique générale. Nous faisons juste un service minimum […] Nous faisons un saut pour suivre les grabataires et regagnons Beni", explique Darlène Mwasi, religieuse catholique responsable de l’hôpital.

À l’origine, les ADF sont des rebelles musulmans ougandais qui se sont installés dans l’est du Congo en 1995. Ils ne lancent cependant plus d’attaques contre l’Ouganda voisin depuis des années. Depuis octobre 2014, ils sont accusés d’être responsables des massacres de plus d’un millier de civils dans la région de Beni.

Dans la cité, des militaires en tenue de camouflage sont en alerte, doigt sur la gâchette, scrutant l’horizon avec anxiété. Une opération militaire contre les ADF est en cours depuis fin octobre. En représailles, quelque 250 civils ont été tués, selon les autorités locales.

Un convoi de véhicules blindés des Casques bleus patrouille dans la région de Mangina, dans l’indifférence totale des populations préoccupées par une seule chose : sauver leurs vies en s’éloignant de leur cité.

À l’entrée de Beni, une barrière est érigée par les autorités qui procèdent à l’enregistrement des déplacés, au contrôle des identités et des marchandises. Des agents de santé, membres de l’équipe de riposte contre Ebola, prennent la température de ces déplacés, rappelant que tout se déroule dans une zone touchée par l’épidémie. Déclarée en août 2018, Ebola - partie de Mangina - a déjà causé la mort de 2 553 personnes sur 3 431 cas de contamination dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’arrivée massive de ces milliers de déplacés fuyant des massacres fait courir à Beni-ville "un double danger", note le maire de celle-ci, Jean Edmond Bwanakawa Nyonyi : un danger d’infiltration par des membres du groupe armé ADF et danger de propagation d’Ebola.

"Les ennemis qui font fuir les populations de Mangina et des autres coins peuvent en profiter pour infiltrer Beni et y commettre des massacres", a-t-il expliqué, ajoutant que "la ville de Beni est très encerclée par des ADF".

"L’ennemi en divagation, battu à l’Est, (se déverse parmi) la population pour nous imposer sa tactique. Nous mettons en place des stratégies pour stopper ces avancées", a indiqué à la presse le porte-parole adjoint de l’armée, le général de brigade Sylvain Ekenge. L’armée dit avoir chassé les ADF de leurs principaux fiefs et tué cinq de leurs six chefs.

Les ADF "possèdent les caractéristiques à la fois d’un groupe armé et d’une organisation criminelle, et semblent suivre une idéologie islamiste extrême", selon un rapport remis au Conseil de sécurité des Nations unies.

Pas de financement pour les déplacés

Au cours des deux derniers mois, la violence a forcé plus de 100 000 civils à fuir leur foyer, selon le Haut commissariat aux réfugiés de l’Onu (HCR), dans un pays qui, avec 5 millions de déplacés internes, détient un triste record mondial en la matière. Le HCR n’a cependant reçu que… 4 % des 150 millions de dollars qu’il a demandés pour leur venir en aide. (Avec AFP)