Au total, "160 corps ont été inhumés hier (samedi) dans trois fosses communes par les populations locales […] dont une vingtaine d’enfants", a précisé un élu de la région.

Un bilan confirmé par une au tre source locale qui a précisé que "50 corps ont été enterrés dans chacune des deux fosses communes et 60 corps dans la troisième fosse". "Ce sont les populations elles-mêmes qui ont procédé à l’enlèvement et à l’enterrement des corps après les avoir rassemblés et transportés" sur des triporteurs, a ajouté cette source.

Un précédent bilan de mêmes sources faisait état samedi soir de 138 morts, le gouvernement évoquant 132 morts et une quarantaine de blessés.

L’élu local a affirmé que "la situation est encore volatile dans la zone malgré l’annonce d’opérations militaires" et que les populations continuent à fuir Solhan pour les agglomérations proches de Sebba et Dori. "Beaucoup ont tout perdu après l’incendie de leurs biens et de leurs habitations", a-t-il dit.

"Depuis ce matin, on assiste à des flux de déplacés internes qui fuient vers Sebba", a-t-il poursuivi. "Ces déplacements ont également occasionné d’autres victimes car trois personnes sont mortes sur l’axe Solhan-Sebba, la charrette qui les transportait ayant sauté sur une mine artisanale."

Le 14 mai, le ministre de la Défense Chériff Sy et des membres de la hiérarchie militaire s’étaient rendus à Sebba, assurant que la situation était revenue à la normale après de nombreuses opérations militaires.

Des djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’EI

Solhan est une petite localité située à une quinzaine de kilomètres de Sebba, chef-lieu de la province du Yagha qui a enregistré ces dernières années de nombreuses attaques attribuées à des djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Ces attaques ont été commises dans la zone dite "des trois frontières" entre Burkina, Mali et Niger, régulièrement ciblée par des assauts meurtriers contre des civils et des militaires.

Les assaillants ont d’abord visé un poste de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des supplétifs civils de l’armée burkinabée, selon des sources locales. Ils s’en sont ensuite pris aux maisons de Solhan et ont exécuté des habitants. Plusieurs logements et le marché local ont également été incendiés.

D’après le gouvernement, "les forces de défense et de sécurité sont à pied d’œuvre pour neutraliser ces terroristes".

Condamnations internationales

Un deuil national de trois jours a débuté samedi en hommage aux victimes de "cette attaque barbare et ignoble", selon le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, qui a appelé ses compatriotes "à rester unis et soudés contre ces forces obscurantistes".

Le chef de l’opposition du Burkina, Eddie Komboigo, a estimé que le massacre des populations "doit cesser sans condition".

En condamnant samedi cette attaque, le secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres a souligné "la nécessité urgente que la communauté internationale renforce son soutien à l’un de ses membres dans son combat contre la violence extrémiste et son bilan humain inacceptable".

L’Union européenne (UE) a également condamné "ces attaques lâches et barbares", appelant "à tout mettre en œuvre pour que leurs auteurs répondent de leurs actes".

L’attaque massive de Solhan en a suivi de près une autre, menée tard vendredi soir, sur un village de la même région, Tadaryat, au cours de laquelle au moins 14 personnes ont été tuées.

Ces attaques surviennent une semaine après deux autres attaques dans la même zone faisant quatre tués. Les 17 et 18 mai, 15 villageois et un soldat avaient été tués lors de deux assauts contre un village et une patrouille dans le nord-est du pays.

Les forces de sécurité peinent à enrayer la spirale de violences djihadistes qui ont fait depuis 2015 plus de 1 400 morts et déplacé plus d’un million de personnes fuyant les zones de violences.