“Amnesty International peut aujourd’hui confirmer que de nombreuses personnes, probablement des centaines, ont été poignardées ou tuées à la hache dans la ville de Mai-Kadra (May Cadera), dans la zone sud-ouest de la région éthiopienne du Tigré, dans la nuit du 9 novembre”, a indiqué l’ONG dans un communiqué. Elle cite des témoins selon lesquels des forces loyales au parti tigréen TPLF – qui défie Addis Abeba depuis plusieurs mois – étaient à l’origine des tueries. Quelque 11 000 Éthiopiens ont fui le Tigré vers le Soudan voisin.

Refus de se voir écarter

Le TPLF, qui a dominé politiquement et économiquement l’Éthiopie pendant 30 ans, n’accepte pas d’avoir été écarté des principaux postes depuis la nomination comme Premier ministre, par la coalition au pouvoir (EPRDF, dont faisait partie le TPLF), en 2018, d’Ahmed Abiy, issu de l’ethnie majoritaire des Oromos (35 % de la population) ; les Tigréens ne sont que 6 % des Éthiopiens.

En outre, le TPLF accepte mal la paix signée par M. Abiy avec l’Erythrée – voisine et cousine du Tigré (on y parle la même langue) – dont le parti dirigeant fut un rival du TPLF lors de la guerre de libération, avant la sécession de l’Erythrée (1993).

Défi ouvert

Si rien ne prouve les accusations d’implication souterraine du TPLF dans les disputes ethniques diverses qui ont ensanglanté les premières années de pouvoir d’Ahmed Abiy, le TPLF a ouvertement procédé à l’élection irrégulière d’un parlement local, à Mekele, en septembre dernier – parlement qui a refusé de reconnaître le gouvernement d’Addis Abeba.

Selon le Premier ministre Abiy, le TPLF a ensuite lancé deux attaques contre des casernes de l’armée nationale au Tigré – ce que Mekele nie. Addis a lancé une offensive militaire contre le Tigré le 4 novembre, bien que la moitié des forces armées nationales soient en poste dans cette région ; le Premier ministre a changé de chef d’état-major et limogé une dizaine d’officiers.

M. Abiy, qui a fait arrêter 240 personnes pour “complot” à Addis, a indiqué jeudi que ses forces armées avaient “libéré” le sud-ouest du Tigré et promis une fin des opérations militaires dans la région dissidente “d’ici relativement peu de temps”.

Dans une interview à l’AFP, vendredi, le président de celle-ci, Debretsion Gebre Michaël, a qualifié cette affirmation de “rêve éveillé”, en soulignant les qualités militaires des Tigréens.

Champion du fédéralisme

Celles-ci sont connues : créé en 1975, le TPLF était devenu le plus puissant des mouvements de libération en Éthiopie. Comme tel, il avait, à partir de 1989, mené l’opposition armée à la victoire contre la dictature Mengistu et dirigé la coalition victorieuse depuis 1991.

En 2019, lorsque Ahmed Abiy a transformé la coalition de mouvements ethniques EPRDF en un Parti de la Prospérité, le TPLF a refusé d’en faire partie et est passé dans l’opposition, se présentant comme le champion du fédéralisme face à un Ahmed Abiy qui tenterait de rogner les acquis en la matière. Il n’a pas réussi à se rallier d’autres formations.

© AFP