Julien (nom d’emprunt) est bloqué au Cameroun depuis plus de 20 jours. Le 17 mars dernier, il est monté à bord du vol Bruxelles-Yaoundé, alors que les mesures contre le coronavirus commençaient à s’intensifier en Europe. Il ne l’a pas fait pour quitter la Belgique, mais pour aller aux funérailles de sa grand-mère décédée là-bas. Une décision qui pourrait poser question, malgré la tristesse des événements, mais personne ne l’a alerté lors de l’achat de billets d’avion ou lors de l’embarquement. La liaison entre les deux pays était bel et bien maintenue. Aucune mise en garde directe donc, même si le SPF Affaires étrangères avait tout de même indiqué sur son site dès le 11 mars qu'il était déconseillé de voyager vers le Cameroun et le 14 mars vers toutes les autres destinations. 

À l’arrivée, Julien déchante. "Nous avons été accueillis comme des personnes qui avaient commis des crimes de guerre, avec la police, l’armée et les membres du ministère de la Santé. On a été désinfectés, ce qui est tout à fait normal, puis transportés vers des hôpitaux. Mais les conditions sont déplorables. Il vaut mieux être en prison que dans ces conditions. Ce que nous vivons est invivable", déclare-t-il. Et il ajoute : "je voulais alerter ce qui se passe ici, faire voir à tous la mascarade qui a lieu ici".


Julien a donc été mis en quarantaine dès son arrivée sur le territoire. Dans un premier temps, il a été logé dans un hôtel mais, après plusieurs jours, il a été dirigé, ainsi que les autres passagers, vers un hôpital. Jusque-là, il a suivi les consignes qui lui ont été énoncées. Mais alors que sa quarantaine a dépassé les 20 jours, on le laisse attendre, bloqué dans sa chambre. Selon des enregistrements et des copies d’échanges avec l’ambassade belge au Cameroun, les autorités belges disent prendre en compte la situation, mais Julien attend. De plus, les passagers sont soi-disant testés comme porteurs asymptomatiques. Tous, selon Julien. Histoire de ne pas prendre de risques. Des échanges avec un soignant sur place montrent en fait que les autorités camerounaises n’ont pas vraiment effectué de tests, car ils n’en ont pas assez. Mais la quarantaine ne suffit pas pour lever tout soupçon. C’est pour cela que Julien a décidé, avec d’autres compagnons, de s’enfuir de l’hôpital. "J’ai dû sauter d’une fenêtre à 4-5 mètres de haut", dit-il.  "Je ne réclame qu’une seule chose, c’est d’être testé et de récupérer mon passeport". Effectivement, dans l’attente, les passeports des passagers ont été confisqués, sans signaler quand ils seront restitués.

"Pour être testé, il faut tomber malade, ou simuler la maladie. Un employé de l’hôpital se bat corps et âme pour qu’on soit testés, mais il n’y arrive pas. On n’a aucune nouvelle. Seulement des promesses en l’air", nous dit Julien.

"L’ambassade de Belgique ne me rappelle pas, ne réagit pas, alors qu’ici ça pue la mort… Pourtant au téléphone ils disent qu’il y a des vols qui sont venus prendre des Belges. Je ne réclame qu’une chose, c’est d’être testé. Les autorités belges ne me disent rien et les autorités camerounaises non plus. Elles ne font que barricader les hôpitaux et les hôtels", précise-t-il, désespéré. Précisons qu'il a été en contact avec l'ambassade belge à plusieurs reprises, par téléphone et par mail, mais qu'elles semblent impuissantes, selon les dires de Julien.

"Dieu merci je ne suis pas venu avec mes enfants. Il n’y a que ça qui me console", ajoute-t-il.

Mais alors qu’il s’est échappé (après plus de 16 jours de quarantaine), la question de savoir comment il va récupérer son passeport pour rentrer en Belgique se pose.  "Un passeport ne vaut pas une vie. Si l’ambassade de Belgique réagissait, on n’en serait peut-être pas là. Je ne peux pas accepter de rester en danger à cause de cette histoire de passeport", conclut-il, déterminé à ne pas rester dans un endroit qu’il estime peu sûr.

Soumis aux autorités locales

Contacté, le SPF Affaires étrangères rappelle que des démarches conjointes ont été faites avec les autres pays européens et que l'ambassade sur place peut demander à ce que le traitement des ressortissants soit correctement suivi. En particulier en ce qui concerne l'alimentation et les médicaments. Cependant, les voyageurs sont tout de même soumis aux autorités locales, donc camerounaises. Il est donc difficile de passer outre. En particulier si, comme c'est le cas ici, la personne s'est échappée.

"C'est un Belge que nous voulons aider, et nous restons en contact avec lui", précise le SPF. Mais Julien risque donc de devoir se reémettre aux autorités locales, voire de suivre une nouvelle quarantaine. L'ambassade donnera plus d'informations quant à la récupération du passeport.