Le très respecté Centre Carter estime cependant que l’élection n’a pas été “crédible”, en raison de nombreux incidents et du boycott de l’opposition.

“Mobilisation générale des Ivoiriens”

Ces adversaires du chef de l’État, l’ex-président Henri Konan Bédié, 86 ans, et Pascal Affi N’Guessan, 67 ans, ont appelé dimanche à “la mobilisation générale des Ivoiriens pour faire barrage à la dictature” et demandé une “transition civile pour une nouvelle présidentielle juste, transparente et inclusive”. Quarante des quarante-quatre prétendants au fauteuil présidentiel avaient été empêchés de concourir, contrairement au président Ouattara, qui se présentait à un troisième mandat interdit par la Constitution. La Cour constitutionnelle a en effet jugé que l’adoption en 2016 d’une nouvelle Constitution remettait les compteurs à zéro et que les deux mandats déjà effectués par le chef d’État ne comptaient donc pas.

En réponse à l’appel des deux opposants, le parti présidentiel, le RHDP, a mis l’opposition en garde “contre toute tentative de déstabilisation”.

Exode vers les villages

Déstabilisée, la Côte-d’Ivoire l’est déjà, alors que les habitants des villes les ont fuies par milliers, ces derniers jours, pour regagner leur village d’origine, en raison de la crainte d’une explosion des heurts ethniques. Les villes réunissent en effet des habitants venus de diverses régions de Côte-d’Ivoire et d’ailleurs, alors que les villages comptent une population beaucoup plus uniforme. La décision du chef de l'Etat de se présenter à l'élection a mis le feu aux poudres.

Ces élections ont réveillé l’opposition entre nordistes, comme Alassane Ouattara, et sudistes (et centristes), parmi lesquels recrute l’opposition.

Le vote de samedi a été émaillé par des violences ethniques. Elles ont fait, selon l’AFP, un mort à Oumé et trois à Tehiri, deux localités près de Gagnoa, en pays Bété (centre), place-forte de l’ex-président Laurent Gbagbo, 75 ans, chantre de l’”ivoirité” (qui met en doute la nationalité ivoirienne des nordistes). Ces violences opposaient des populations locales à des “Dioulas”, nom générique donné aux originaires du nord musulman, qu’ils soient Ivoiriens ou étrangers.

Dans la capitale administrative, Yamoussoukro (centre), en pays Baoulé - ethnie de l’ex-président Konan Bédié, autre chantre de l’”ivoirité” - quatre personnes ont péri dans l’incendie de leur maison. A Tiébissou (centre) il y a au moins 4 morts et 27 blessés, selon le maire, cité par l’AFP. À Toumodi, des affrontements ont eu lieu entre Baoulés et non-originaires ; des maisons ont été brûlées. À Daoukro, en pays Baoulé également, les bâtiments de la gendarmerie ont été attaqués.

Nombreux affrontements communautaires

Selon l’ONG Programme Indigo, citée par l’AFP, près d’un quart des bureaux de vote n’ont pas ouvert samedi et des affrontements communautaires ont eu lieu dans “de nombreuses” localités, malgré le déploiement de 35 000 membres des Forces de Défense et Sécurité.

Une cinquantaine de bureaux de vote ont été attaqués et saccagés, à travers le pays, tandis que des dizaines de barrages illégaux maillaient des routes du centre et du sud du pays. Des agents électoraux ont été battus et parfois leur maison incendiée.

“Le contexte politique et sécuritaire n’a pas permis d’organiser une élection présidentielle compétitive et crédible”, a estimé, dans un rapport publié lundi, la mission conjointe d’observation de l’Institut électoral pour une démocratie durable en Afrique (EISA) et du Centre Carter. “Le processus électoral a exclu un grand nombre de forces politiques ivoiriennes et a été boycotté par une partie de la population dans un environnement sécuritaire volatile”.