Les Nigérians et les Congolais réagissent à trois jours d’attaques xénophobes en Afrique du Sud, qui ont fait au moins sept morts.

Des émeutes ont visé des intérêts sud-africains à Lubumbashi (Congo-Kinshasa), faisant deux morts par balles perdues, selon des informations non confirmées de La Libre Belgique, tandis que l’Afrique du Sud a dû fermer "temporairement" ses missions diplomatiques au Nigeria, jeudi, à la suite de trois jours de violences xénophobes qui ont fait sept morts en Afrique du Sud. À Johannesburg, depuis dimanche, puis Pretoria, des groupes de personnes ont brûlé des véhicules et des commerces, pillé des magasins. Nombre d’entre eux, mais pas tous, appartenaient à des étrangers, ce qui a poussé certains officiels sud-africains à parler de "criminalité" plutôt que de xénophobie. Cela a hérissé le public dans plusieurs pays ; l’Afrique du Sud s’est en effet illustrée par plusieurs épisodes d’émeutes xénophobes, en 2008 (62 morts), 2015 (7 morts) et 2017.

L’Afrique du Sud est frappée par un chômage de 27 % mais attire des travailleurs de pays plus pauvres, qui sont accusés par les jeunes Sud-Africains de leur "voler" les emplois. Elle est aussi le pays le plus violent du continent (57 meurtres/jour) et le 5e au monde.

Les migrants sont officiellement 3,6 millions en Afrique du Sud (pour 50 millions de Sud-Africains), dont 30 000 Nigérians ; la presse nigériane considère cependant ce chiffre largement sous-estimé. Une rivalité oppose les deux pays, le Nigeria étant la seule nation d’Afrique sub-saharienne à pouvoir se mesurer à l’Afrique du Sud en termes de puissance économique, même s’il est encore loin derrière elle. Cette rivalité existe aussi au niveau des individus : les Sud-Africains, disent les Nigérians, les accusent d’être "arrogants", "showy" (extravertis) et de "voler leurs femmes" ; les Nigérians disent les Sud-Africains "jaloux" de leurs succès et de leur confiance en eux.

Ce nouvel épisode de violence xénophobe survient après que la justice sud-africaine eut ordonné, en août, l’expulsion de 489 migrants illégaux ; quelque 650 personnes avaient été arrêtées lors de rafles à Johannesburg.

Mercredi, le Nigéria a renoncé à participer au Forum économique africain du Cap et le président Buhari s’est dit "mécontent du traitement infligé à ses concitoyens" .

À Lubumbashi aussi

On ignorait encore, jeudi, la nationalité des victimes de Johannesburg mais les émeutes visaient essentiellement des migrants africains et des commerces possédés par des Africains étrangers. L’ambassadeur du Kenya en Afrique du Sud affirme que certaines des personnes lésées sont kényanes. Le président zambien Edgar Lungu a appelé Pretoria à agir avant que "cette xénophobie ne dégénère en un génocide". Dans plusieurs pays, des protestations ont été lancées sur les réseaux sociaux contre l’Afrique du Sud, notamment au Congo-Kinshasa, où les locaux de l’entreprise sud-africaine Vodacom ont été attaqués jeudi matin à Lubumbashi, ainsi que le consulat sud-africain et des magasins possédés par des Sud-Africains - qui ont été pillés - alors que la police avait mis des barrages pour les protéger.