La République Centrafricaine a décrété jeudi l’état d’urgence pour 15 jours dans le pays, alors que les deux tiers sont sous le contrôle de groupes armés. Jeudi, l’émissaire de l’Onu en Centrafrique, Mankeur Ndiaye, a réclamé au Conseil de sécurité une “augmentation substantielle” des 12 000 casques bleus déployés au sein de la Minusca (Mission de l’Onu en Centrafrique).

L’état d’urgence “permet aux autorités de procéder à des interpellations sans forcément passer par le procureur de la République”, a précisé la présidence de la République.

Une semaine avant le premier tour, le 27 décembre, des élections présidentielle et législatives, six des plus puissants groupes armés du pays – parfois d’ex-ennemis – se sont alliés pour former la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Ils ont lancé une offensive contre le président Touadéra, qui briguait un second mandat, après que la commission électorale eut écarté de la compétition l’ex-président Bozizé, dont se revendiquent une partie des groupes armés. Selon la Cour constitutionnelle, qui a déclaré Touadéra élu par 53 % des voix, 35 % des électeurs centrafricains ont pris part au vote. Un chiffre qui s’explique par le rejet du scrutin par les rebelles et par les partisans du général Bozizé. L’opposition légale a contesté – en vain – le résultat officiel, soulignant que les élections n’avaient été ni régulières, ni inclusives.

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Depuis qu’ils ont juré de “marcher sur Bangui”, les rebelles mènent des attaques sporadiques mais parfois violentes, généralement loin de la capitale, même si deux attaques simultanées d’environ 200 assaillants ont été repoussées le 13 janvier à Bangui. Ils bloquent des routes d’approvisionnement de la capitale, faisant craindre un projet de blocus.

L’offensive rebelle a provoqué, selon le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’Onu (HCR), la fuite de quelque 60 000 personnes hors du pays, notamment au Congo-Kinshasa voisin, et autant de déplacés intérieurs. Jusqu’ici, environ un quart des habitants du pays ont fui leur domicile.

Seulement 2600 militaires centrafricains

Les rebelles se heurtent jusqu’à présent à des forces bien supérieures en nombre et lourdement équipées : aux 12 000 casques bleus présents depuis 2014 en Centrafrique s’ajoutent des centaines de militaires rwandais et paramilitaires russes dépêchés fin décembre par leurs pays à la rescousse de M. Touadéra et d’une armée démunie, où l’on signale d’importantes désertions depuis décembre.

L’envoyé de l’Onu n’a pas précisé le nombre de casques bleus supplémentaires souhaité pour la Minusca, qui est déjà l’une des plus coûteuses opérations de l’Onu dans le monde. Selon une source proche du dossier, elle souhaiterait le renfort de 3 000 hommes, dotés de moyens aériens importants.

Les forces de sécurité centrafricaines, estimées à environ 2 600 militaires, sont trop récentes, trop peu aguerries et souffrent d’une trop faible chaîne de commandement et d’un manque de sanctions, a relevé l’émissaire.