Le 6 avril au soir, il y a 27 ans, un attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana donnait le signal du déclenchement du génocide des Tutsis. Le chef d’État rentrait d’une réunion à Dar es Salam, où il avait promis à ses pairs d’enfin appliquer les accords de partage du pouvoir qu’il avait signés à Arusha en août 1993 avec le Front patriotique rwandais (FPR), formé d’exilés tutsis en Ouganda auxquels s’étaient joints des Tutsis du Rwanda et des opposants hutus. Les accords d’Arusha étaient rejetés par les extrémistes hutus, qui avaient poussé depuis des mois Habyarimana à préparer l’élimination des Tutsis ; ce dernier mort, ils firent un coup d’État, formèrent un gouvernement "intérimaire" et lancèrent l’exécution du génocide (un million de morts).

Malgré l’aide française, le gouvernement génocidaire, son armée et ses milices furent vaincus militairement par le FPR et prirent la fuite vers la "zone Turquoise" dont les militaires français avaient pris le contrôle (et où le génocide se poursuivait), au sud-ouest du Rwanda, et de là vers le Zaïre. Ils emmenaient plus d’un million de civils fuyant leur responsabilité dans les massacres auxquels ils avaient participé, conduits par les autorités locales.

Ce 27e anniversaire est marqué par la publication en France, le 26 mars, du rapport d’une commission de chercheurs français - ne comprenant aucun spécialiste du Rwanda - sur le rôle de la France dans ce génocide. La commission Duclert a conclu à des responsabilités "accablantes" de Paris, comme le dénoncent, depuis plusieurs années, des chercheurs français indépendants. La Libre Belgique a interrogé l’un d’eux, Jacques Morel, qui suit ce sujet depuis 1994 et qui s’est illustré par les nombreux documents qu’il produit à l’appui de ses dires. Il en a tiré un livre, La France au cœur du génocide des Tutsi, régulièrement mis à jour et déchargeable sur le site https://francegenocidetutsi.org/.