Des roquettes ont été tirées samedi soir depuis le Tigré sur la capitale de l’Érythrée voisine, Asmara, quelques heures après que le gouvernement éthiopien eut pourtant affirmé "contrôler" cette région dissidente d’Ethiopie, dont sa capitale Mekele. Dimanche, il n’était toujours pas possible de vérifier de manière indépendante si la ville était totalement sous le contrôle de l’armée fédérale, dont un porte-parole, Mohamed Tessema, a affirmé à l’AFP que les opérations s’y déroulaient "très bien".

Forte de 500 000 habitants avant le début du conflit, Mekele est également le bastion des dirigeants tigréens issus du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) contre lesquels le gouvernement éthiopien mène, depuis le 4 novembre, une opération militaire visant à les remplacer par des "institutions légitimes". La chute de la capitale régionale était un objectif majeur de la "dernière phase" de l’intervention militaire, qui inclut aussi l’arrestation des leaders tigréens, désormais "chassés" par l’armée.

Des tirs sur l’Érythrée honnie

Le Tigré a, cependant, tiré samedi soir une série de roquettes sur Asmara, capitale de l’Érythrée, le pays voisin honni par le TPLF, ont indiqué dimanche des sources diplomatiques. L’ambassade américaine en Érythrée évoque ainsi six explosions. Deux diplomates à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, ont indiqué que plusieurs roquettes avaient visé samedi soir la capitale érythréenne, située à environ 130 km au nord du Tigré, ciblant, semble-t-il, l’aéroport et des installations militaires. Aucun détail n’a été fourni sur d’éventuels victimes ou dégâts.

C’est la troisième fois qu’Asmara, déjà ciblée à la mi-novembre, puis vendredi dernier, est visée par des roquettes tirées depuis le Tigré. Le TPLF accuse l’Érythrée de prêter main-forte à l’armée éthiopienne.

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a affirmé sur Twitter que l’armée avait pris Mekele et "mené à bien et terminé les opérations militaires dans la région du Tigré". M. Abiy, prix Nobel de la paix devenu chef de guerre, a également assuré dans un communiqué que l’armée avait pris le contrôle de l’administration régionale et menait "l’opération avec la précision et le soin nécessaire […] pour s’assurer que les civils ne sont pas ciblés".

De possibles crimes de guerre

"Nous avons maintenant devant nous la tâche critique de reconstruire ce qui a été détruit, de réparer ce qui a été endommagé, de faire revenir ceux qui ont fui, avec comme principale priorité le retour à la normale pour le peuple de la région du Tigré", écrit encore M. Abiy.

La communauté internationale s’est pourtant inquiétée depuis le début du conflit de possibles "crimes de guerre" en Ethiopie et a tenté, sans succès, de faire pression sur M. Abiy pour qu’il accepte une médiation. On s’interroge désormais sur la réaction des quelque six millions de Tigréens ainsi que sur la capacité du TPLF, fer de lance durant plus de quinze ans de la guérilla contre le régime militaro-marxiste du Derg (1974-1991), à continuer une résistance armée contre le gouvernement fédéral.

Aucun bilan précis du conflit n’est jusqu’ici disponible, mais plusieurs milliers de personnes seraient mortes dans les combats, tandis que plus de 43 000 Ethiopiens ont fui au Soudan voisin.

Les tensions latentes entre M. Abiy et le TPLF, qui après avoir renversé le Derg en 1991 a contrôlé pendant près de trente ans l’appareil politique et sécuritaire éthiopien, ont culminé avec l’organisation au Tigré d’un scrutin qualifié d’"illégitime" par Addis-Abeba.