"Il ne s'agit pas d'un sentiment de convenance mais bien de l'expression de l'incompréhension qui est la mienne face à ce que je considère comme une passivité dans le chef de notre pays", a écrit l'ex-commandant du secteur Kigali de la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR) - et à ce titre numéro deux de la force onusienne lors du génocide de 1994 - dans une lettre dont l'agence Belga a obtenu dimanche une copie.

"Depuis des années, l'actuel régime rwandais démontre de façon récurrente son total mépris pour les droits les plus élémentaires de la personne humaine et des peuples. C'est bien pour marquer sa totale réprobation à l'égard des autorités rwandaises et plus particulièrement de son président Paul Kagame que, dans un passé récent, le Parlement européen a voté quatre résolutions particulièrement critiques", ajoute l'ex-officier.

Il pose trois questions au Premier ministre:

- Quand notre pays va-t-il enfin tenir compte de la véritable nature de l'actuel régime rwandais?

- Quand notre pays va-t-il enfin prendre des mesures appropriées à cette absence totale de volonté du Rwanda de se conformer aux règles les plus élémentaires de la Convention universelle des droits de l'homme et des peuples?

- Quand notre pays va-t-il enfin exiger que Paul Rusesabagina, de nationalité belge, soit libéré séance tenante, plutôt que de supplier un Etat voyou aux méthodes mafieuses de bien vouloir lui réserver un procès équitable?

La ministre belge des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, a réclamé lundi auprès de son homologue rwandais, Vincent Biruta, qu'elle recevait à Bruxelles, un procès "juste, équitable et transparent" pour M. Rusesabagina, le héros du film "Hôtel Rwanda".

Le chef de la diplomatie rwandaise lui avait répondu le lendemain, sur l'antenne de la télévision France 24, que l'opposant rwandais naturalisé belge bénéficiait d'un procès "équitable" et qu'il n'y avait "aucune raison de s'inquiéter".

"Le Rwanda est engagé à assurer un procès équitable et transparent à ce monsieur et nous n'avons pas besoin de la supervision de quelque partenaire ou quelque puissance que ce soit", avait déclaré M. Biruta.

"Nous avons des institutions qui font leur travail, il n'y a aucune raison de s'inquiéter", avait-il ajouté.

Féroce critique du régime du président Kagame, M. Rusesabagina, qui vivait en exil depuis 1996 aux Etats-Unis et en Belgique, a été arrêté fin août 2020 dans des conditions obscures par la police rwandaise à Kigali, à la descente d'un avion qu'il pensait à destination du Burundi. Lui et ses avocats, dont le Belge Vincent Leurquin, dénoncent "un enlèvement".

Ex-directeur de l'hôtel des Mille Collines à Kigali, M. Rusesabagina, 66 ans, a été rendu célèbre par un film de 2004 racontant comment il avait sauvé plus de 1.000 personnes durant le génocide rwandais (de 800.000 à un million de morts en trois mois, d'avril à juillet).

"Voilà pratiquement huit mois que Paul Rusesabagina a été enlevé et incarcéré illégalement. Ce sont huit mois de trop. Cet acte criminel est inadmissible. Lui et sa famille attendent de la Belgique un appui franc et sans équivoque. Que notre pays réponde sans retard à leur attente légitime conformément aux principes universels qui constituent le socle de notre démocratie", conclut l'ex-colonel Marchal dans sa lettre adressée vendredi à M. De Croo.