Le gouvernement tunisien a déployé l'armée dans quatre villes du pays après que de violents affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre au cours des trois derniers jours. Les protestataires défilent depuis vendredi pour dénoncer la crise économique, défiant un couvre-feu imposé pour lutter contre la propagation du coronavirus. Plus de 600 personnes ont été arrêtées, a indiqué le ministère de l'Intérieur lundi.

L'armée a investi les villes de Sousse, Bizerte, Kasserine et Siliana afin d'assister la police et de protéger des installations étatiques, a indiqué dimanche soir le ministère de la Défense.

Dans la capitale Tunis, la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule, selon des témoins. Des images partagées sur les réseaux sociaux montrent en outre des manifestants bloquer des routes et mettre le feu à des pneus, tandis que les forces de l'ordre tentent d'évacuer les protestataires.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khaled Hayouni a fait état de 632 arrestations, évoquant des groupes de personnes entre 15 et 25 ans. Les heurts ont éclaté dans des zones marginalisées, frappées de plein fouet par la crise économique inédite, la pandémie ayant mis à mal un début de reprise, alors que la classe politique, divisée, est paralysée.

"Cela n'a rien à voir avec les mouvements de revendication garantis par la loi et la Constitution", a néanmoins estimé M. Hayouni. "Les revendications se déroulent normalement le jour (...) et sans actes criminels", a-t-il ajouté dans une interview à la radio privée Mosaïque, faisant état de deux blessés parmi les forces de l'ordre.

La police, déployée en nombre dans des dizaines de localités, dont le vaste quartier populaire d'Ettadhamen en périphérie de Tunis, a été prise pour cible. Des pillages ont également eu lieu dans certaines zones.

Dix ans après la révolution populaire qui a mené à la chute de Zine el Abdidine Ben Ali, après 23 ans à la tête du pays, le pays accuse une économie en berne, une instabilité politique, tandis que la situation sociale se dégrade. La hausse des prix, la persistance du chômage et la défaillance croissante des services publics, alors que la pandémie a encore accentué la précarité, nourrit une déception à la hauteur des espoirs nés en 2011. De plus, les procès engagés pour juger les responsables de la répression de la révolution s'enlisent, de renvois en renvois à cause notamment de l'absence des accusés.