Le pape s'est rendu vendredi dans un centre de soins pour les malades du sida à Maputo, la capitale du Mozambique très touchée par ce fléau, rendant un vibrant hommages aux employés d'un centre de soins avant une messe dans un stade.

François a loué "la compassion" des agents de santé qui écoutent "ce cri silencieux, presqu'inaudible, d'innombrables femmes, de tant de personnes qui vivaient dans la honte, marginalisées, jugées par tous".

Le souverain pontife argentin a sans surprise évité d'aborder de front le sujet de la prévention des maladies sexuellement transmissibles, qui demeure un terrain miné pour l'Église catholique et tout particulièrement pour les papes en visite en Afrique.

"On ne répond pas aux besoins des pauvres par procuration, mais en écoutant leur cri et en s'engageant personnellement", a noté le pape François, qui a remercié les travailleurs du centre d'avoir "restauré la dignité" de femmes et d'enfants.

Espérant qu'ils poursuivraient leur "recherche des blessés et des vaincus dans les périphéries", il est allé ensuite saluer des patients.

Après sa visite à l'hôpital, le pape célébrera la messe dans le stade de Zimpeto qui peut contenir 42.000 personnes. Puis il s'envolera en milieu de journée pour la deuxième étape de son voyage, la grande île de Madagascar, sur l'Océan indien.

Mais cette visite à l'hôpital a un rôle hautement symbolique, dans un pays où la situation est particulièrement critique.

"Dream"

Selon Onusida, 2,2 millions de personnes -dont 60% de femmes - étaient séropositives en 2018 au Mozambique (27 millions d'habitants), dont 150.000 personnes nouvellement infectées.

L'an dernier 54.000 Mozambicains sont décédés des suites de la maladie. Onusida relève en outre que seulement 30% des 15-24 ans infectés connaissent les façons de prévenir la transmission du virus VIH.

Jeudi, François se trouvait dans l'hôpital flambant neuf de Zimpeto, quartier périphérique pauvre du nord de la capitale. La situation est particulièrement critique à Maputo où la prévalence du virus concerne 23% de la population adulte.

Le complexe inauguré à l'été 2018 comprend un laboratoire de biologie moléculaire dernier cri et héberge un programme destiné aux personnes séropositives ou atteintes du Sida, notamment des femmes enceintes.

Ce programme baptisé "Dream" a été lancé en 2002 au Mozambique par la communauté catholique italienne de Sant'Egidio, très proche du Vatican, qui dispose désormais de 13 centres sanitaires de proximité dans villes et villages.

"Dream", né d'une révolte face à l'abandon des malades du sida en Afrique, est présent aujourd'hui dans 11 pays africains et se targue d'avoir soigné 500.000 malades et mis au monde 130.000 enfants sains de mères séropositives.

L'église et les préservatifs

L'Eglise catholique reste opposée à toute forme de contraception, tandis que le pape argentin juge que "les rapports sexuels doivent être ouverts à la vie".

Il a rarement abordé le sujet de l'usage des préservatifs pour combattre la transmission de la maladie, un sujet explosif pour son prédécesseur Benoît XVI.

Fin novembre 2016, le pape François avait appelé à un "comportement responsable" pour lutter contre la propagation du sida, sans toutefois préciser si cela englobait l'usage de préservatifs.

Un an plus tôt, dans l'avion qui le ramenait à Rome d'une première tournée en Afrique subsaharienne, le pape François avait reconnu "une perplexité" de l'Eglise sur la question de l'utilisation du préservatif pour lutter contre le sida. Estimant que c'était "une des méthodes" mais que l'Afrique avait "des blessures plus grandes" comme le manque d'eau et de nourriture.

Certains dispensaires catholiques n'interdisent pas, discrètement, l'usage des préservatifs en cas d'urgence.

Benoît XVI avait soulevé une tempête mondiale par ses propos contre l'usage du préservatif, lors de son premier séjour en Afrique en 2009.

"On ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs. Au contraire (leur) utilisation aggrave le problème", avait-il soutenu.

Mais en 2010, le pape allemand avait admis l'utilisation du préservatif "dans certains cas", "quand l'intention est de réduire le risque de contamination", en citant seulement le cas de figure d'un prostitué.

Le Vatican avait ensuite pris le soin d'insister sur le caractère "exceptionnel" de l'utilisation du préservatif, précisant que le pape ne justifiait aucunement l'exercice désordonné de la sexualité.

Les propos rectificatifs du pape allemand avaient été très bien accueillis à travers le monde. Le secrétaire général de l'ONU les avait jugés "bienvenus" et "réalistes", tandis que des militants anti-sida avaient estimé qu'une "brèche est ouverte".