L’armée tchadienne a annoncé mardi à la mi-journée le décès du président Idriss Déby, 68 ans, au pouvoir depuis 1990. Selon l’annonce, il est mort des suites de blessures encourues le week-end dernier lors de combats menés contre des rebelles au nord du pays, qui avaient lancé une offensive le 11 avril, jour d’une élection présidentielle dont l’issue ne faisait aucun doute, faute d’opposant ; lundi, le président Idriss Déby avait été annoncé réélu par 79 % des votes.

Nouvelle attaque rebelle au Nord

L’armée tchadienne avait annoncé lundi avoir tué 300 des rebelles nordistes d’un "Front pour l’alternance et la concorde au Tchad", qui avaient lancé une offensive dans les provinces du Tibesti (à la frontière avec la Libye) et du Kanem (frontalière du Niger), fait 150 prisonniers et perdu cinq des siens. Les rebelles ont, de leur côté, assuré avoir pris le Kanem, selon l’AFP.

Lundi, le positionnement de chars dans la capitale N’Djamena avait suscité une certaine panique, poussant les autorités à ordonner leur retrait. Il faut rappeler qu’une offensive de ce type avait failli coûter son fauteuil présidentiel à Idriss Déby en 2008 mais il avait été sauvé in extremis par une intervention militaire française. Une autre offensive avait été arrêtée loin de la capitale, en 2019, par une autre intervention armée de la France.

Remplacé par son fils

Lundi, l’armée tchadienne n’avait pas évoqué les blessures du chef de l’État, même si elles correspondaient au profil de combattant qu’Idriss Déby a toujours revendiqué et si certaines sources militaires avaient indiqué que le Président s’était rendu sur le front durant le week-end.


C’est mardi à la mi-journée que sa disparition a été annoncée : "Le président de la République, chef de l’État, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille. C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad", a annoncé le porte-parole de l’armée, le général Azem Bermandoa Agouna, dans un communiqué lu à l’antenne de TV Tchad.

Des élections "libres et démocratiques" seront organisées à l’issue d’une "période de transition" de 18 mois, emmenée par un conseil militaire "dirigé par son fils, le général Mahamat Idriss Déby Itno", général quatre étoiles à 37 ans et commandant de la garde présidentielle, a ajouté le porte-parole de l’armée.

Fils de bergers pauvres zaghawas (ethnie qui se partage entre le Tchad et le Soudan) du nord du Tchad, Idriss Déby avait obtenu une licence de pilote professionnel en France, après l’école d’officiers de N’Djamena.

De retour au pays, il se joint à la rébellion d’un autre nordiste, Hissène Habré, dont il devient le commandant en chef des armées du Nord avant d’entrer victorieux à N’Djamena avec lui, en 1982. Idriss Déby devient le "numéro deux" de l’armée puis, en 1986, conseiller du Président pour la Défense et la Sécurité.

Cette belle entente se détériore bientôt et Habré persécute les Zaghawas. En 1989, Idriss Déby fuit le Tchad. Avec le soutien du libyen Kadhafi, du Soudan et de la France, il renverse son ancien protecteur en 1990.

La meilleure armée de la région

Comme chef de l’État, Idriss Déby s’est illustré par de nombreuses violations des droits de l’homme. Il était cependant un pilier de la politique française en Afrique, essentiellement, ces dernières années, dans la lutte contre les djihadistes au Sahel. Son armée, bien que coutumière de sanglants abus contre les populations civiles, comme celles de plusieurs pays voisins, est cependant la seule de la région à être considérée comme efficace.

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