Une fin abrupte a été apportée dimanche au nouveau round de négociations sur le Nil entre trois de ses riverains - Egypte, Ethiopie et Soudan - quand le ministre soudanais de l’Irrigation, Yasser Abbas, a affirmé que son pays ne pouvait “pas continuer dans ce cercle vicieux de négociations illimitées, sachant que le Gerd pose une menace directe sur le barrage soudanais de Roseires”. Le ministère des Affaires étrangères éthiopien a, de son côté, acté dans un communiqué dimanche soir l’absence de progrès dans les négociations, rapporte l’AFP.

Des discussions étaient en cours depuis une semaine entre les trois pays pour tenter, une nouvelle fois, de trouver une ouverture dans les positions figées du Caire et d’Addis Abeba, le Soudan étant plus souple.

67% des eaux pour un seul pays

Depuis 2010, les dix pays riverains du Nil (Egypte, Ethiopie, Soudan, Soudan du Sud, Ouganda, Tanzanie, Burundi, Rwanda, RDCongo, Kenya) tentent de s’entendre sur la question, en vain jusqu’ici. La majorité de ces pays avaient signé, en 2011, un traité de partage des eaux du Nil, en vue d’en confier la gestion à une Commission conjointe pour “l’utilisation équitable et raisonnable” des eaux. Dès 2013, Addis Abeba a entamé la construction de son barrage de la Renaissance (GERD), destiné à produire 6000 MW.

L’Egypte s’est longtemps recroquevillée sur son “droit historique” à se tailler la part du lion dans ces eaux et à empêcher les autres pays riverains de construire des barrages sans son consentement. Ce “droit” se base sur un accord de 1929, signé au nom de l’Egypte et du Soudan par Londres, alors colonisateur de la région, au détriment de ses colonies plus au sud. L’Ethiopie, indépendante, n’a jamais reconnu ce traité ni celui de 1959 qui le confirmait.

Ces deux textes octroient 67% des eaux du Nil à l’Egypte, 20% au Soudan et 13% aux autres pays riverains. Or, 83% des eaux du Nil proviennent du Nil bleu éthiopien. Peuplée de 110 millions d’habitants - contre 98,5 millions pour l’Egypte - l’Ethiopie a un urgent besoin d’électricité pour se développer et compte sur le barrage pour y parvenir.

Le Soudan est partagé entre les intérêts qui le lient à l’Egypte et les partisans du statu quo d’une part, et, d’autre part, les espoirs de ses paysans affectés chaque année par les crues du Nil bleu et qui espèrent que le barrage, en régularisant le débit, y mettra fin et permettra une irrigation mieux contrôlée avec deux récoltes par an au lieu d’une - sans compter l’électricité meilleur marché auquel le pays aura accès quand le barrage éthiopien en produira.

L’Egypte, elle, n’entend pas sortir de son immobilisme séculaire en la matière. Le Caire promeut des cultures grandes consommatrices d’eau comme le riz et n’a annoncé qu’en 2018 la construction d’une station d’épuration des eaux usées pour pallier un manque d’eau déjà sensible aujourd’hui.

6 à 7 ans pour remplir le barrage

Sous Moubarak, puis sous les islamistes, Le Caire avait préféré adopter un ton menaçant envers Addis Abeba, repris en 2017 par le général Al Sissi. Ces derniers mois, Addis Abeba, qui a beaucoup compté sur la diplomatie pour faire accepter son barrage, commence à laisser percer son irritation.

Appuyé par Khartoum, Le Caire exige depuis quelques mois un accord légalement contraignant, notamment sur la gestion du barrage éthiopien et le remplissage du réservoir. Cela ne plaît guère à Addis Abeba, qui assure vouloir prendre 6 à 7 ans pour remplir son barrage, afin de ne pas affecter les deux pays en aval, Soudan et Egypte.

D’autres pays riverains ont aussi leurs desiderata, même s’ils ne sont pas part aux discussions pour l’heure: le Kenya et la Tanzanie souhaitent développer des projets pour avoir de l’eau potable; l’Ouganda veut de l’électricité pour se développer.