À jamais prisonnière du Sahel. Le lendemain de la libération de Soumaïla Cissé, Sophie Pétronin, Nicola Chiacchio et Pier Luigi Maccalli, les autorités suisses ont annoncé la mort d’une de leurs ressortissantes, otage au Mali : Béatrice Stockly. Elle était membre de la Mission de Bâle, une société évangélique protestante. Quelques heures après le soulagement et la joie qui ont accompagné la remise en liberté des premiers, la nouvelle du décès de la Suissesse rappelle que le "business des otages" est aussi un commerce de mort.

Premier enlèvement en 2012

Elle vivait et travaillait à Tombouctou, dans le nord du Mali. C’est là que Béatrice Stockly fut enlevée une première fois au printemps 2012 avant d’être libérée au bout de neuf jours. Malgré l’interdiction formelle du Département fédéral suisse des affaires étrangères, la missionnaire retourne à Tombouctou l’année suivante. Son activité de prosélytisme en fait pourtant une cible désignée pour les groupes islamistes armés, qui reprennent peu à peu le contrôle de la région après avoir été chassés des grandes villes par l’armée française. Béatrice Stockly est à nouveau kidnappée le 7 janvier 2016. Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) revendique le rapt trois semaines plus tard.

Depuis, la Suissesse était apparue dans plusieurs vidéos de propagande d’Aqmi puis du Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (Jnim, en français "Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans"), coalition de mouvements djihadistes affiliée à Al-Qaida. Le dernier film, diffusé en 2017, la montrait voilée de noir, extrêmement affaiblie.

Selon le Département fédéral, ce sont les autorités françaises "informées par l’intermédiaire de l’otage française récemment libérée", Sophie Pétronin, qui ont informé les Suisses du décès de leur ressortissante. D’après le récit qu’a fait Sophie Pétronin au journaliste indépendant Anthony Fouchard, Béatrice Stockly aurait été exécutée par ses ravisseurs il y a environ un mois. Elle affirme avoir entendu le bruit d’un coup de feu après que l’otage a été éloignée par les djihadistes.

Berne a annoncé sa mort au conditionnel mais a affirmé "tout mettre en œuvre pour connaître les circonstances exactes de cette exécution ainsi que le lieu où se trouve le corps de la victime" afin de rapatrier sa dépouille.

Cinq otages étrangers encore détenus

Le chirurgien australien Arthur Kenneth Elliott

Âgé de 86 ans, ce chirurgien australien a été enlevé au Burkina Faso le 15 janvier 2016 avec son épouse Jocelyn, un rapt revendiqué par le groupe Djihadiste Ansar Dine. Jocelyn Elliott a été libérée le mois suivant. À l’occasion des trois ans de captivité de l’octogénaire, elle avait adressé aux ravisseurs une demande de libération formulée en anglais et en langue locale, demande qu’elle a renouvelée en mai dernier.

L’humanitaire américain Jeffery Woodke

Le 14 octobre 2016, l’Américain Jeffery Woodke, qui travaillait pour une ONG à Abalak au Niger, a été enlevé, et sans doute conduit au Mali, selon des sources sécuritaires nigériennes. Le président du Niger Mahamadou Issoufou a assuré en septembre 2019 que l’otage américain était en vie et en bonne santé, dans une interview à la chaîne américaine ABC.

La religieuse colombienne Gloria Cecilia Narvaez Argoti

Cette religieuse colombienne a été emmenée de force le 7 février 2017 par des hommes armés qui avaient pénétré dans l’enceinte de sa congrégation de Karangasso, dans le sud du Mali. Le 30 janvier 2018, elle apparaissait dans une vidéo, sollicitant l’intervention du pape François. En septembre 2018, elle est apparue dans une autre vidéo avec Sophie Pétronin.

L’Allemand Jörg Lange

L’Allemand Jörg Lange, qui travaillait pour une ONG, a été enlevé le 11 avril 2018 dans l’ouest du Niger et emmené vers le Nord, non loin de la frontière malienne. En 2018 lors de sa visite à Paris, le président Issoufou avait affirmé que cet humanitaire était vivant.

L’officier roumain Ghergut

Officier de sécurité roumain dans une mine de manganèse dans le nord du Burkina Faso, près des frontières du Mali et du Niger, Iulian Ghergut a été enlevé le 4 avril 2015 par des hommes armés. Son enlèvement avait été revendiqué par le groupe djihadiste Al-Mourabitoune, qui s’est peu après rallié à Aqmi.