L'Afrique à travers le prisme médiatique

“Prenons conscience des stéréotypes qui nous habitent afin de mieux les déloger de la place qu’ils occupent” ! Voici en substance l’une des thématiques qu’aborde quotidiennement CEC ONG, Coopération par l’Education et la Culture.

Valentine Van Vyve
L'Afrique à travers le prisme médiatique
©D.R

CEC ONG ajoute une dimension à la coopération : celle qui se fait par le biais de l’éducation et de la culture, parce qu'elle est un " aspect essentiel du développement relativement peu pris en compte”, constate Céline Langendries, coordinatrice au sein de l'ONG. Or, “ la culture est non seulement à la base de l’identité mais aussi du développement économique et personnel”, étaie-t-elle.

Le principe qui la guide est le suivant : “ Il faut d’abord apprendre à se conna î tre pour pouvoir dialoguer.” D'où la place prépondérante que l'ONG donne à la déconstruction des stéréotypes, construits notamment à partir de productions médiatiques " qui se limitent à véhiculer un message simpliste". Ce qui nous a interpellé d'emblée retomberait ainsi comme un soufflé. Et avec ça la compréhension d’une réalité beaucoup plus large, complexe et nuancée...  Entretien.

Vous animez des groupes de jeunes, notamment dans le cadre de Move with Africa. Que retenez-vous de ces activités ?

Nous analysons avec eux les campagnes d’ONG. On les questionne sur les représentations qu’elles véhiculent mais aussi sur leurs propres idées de l’Afrique. Votre représentation de l’Afrique est-elle en adéquation avec la réalité ? Le simple fait de poser la question crée le débat. Il serait intéressant de décoder les images que les jeunes rapportent de leur voyage car il y a les images avec lesquelles ils partent et celles avec lesquelles ils reviennent. Puis celles qu’ils transmettent...

A quel point les stéréotypes sont-ils ancrés dans chacun d’entre nous et d’où viennent-ils ?

Des stéréotypes, on en a tous et ils ne sont pas nécessairement négatifs. L’important est d’en être conscient. Ils ne dépendent pas seulement de notre héritage socio-culturel mais aussi de notre histoire personnelle. A côté de cela, les médias assument un rôle important, certainement auprès des jeunes. Ils n’ont pas toujours été mis dans des situations de questionnement sur le continent africain, sur le développement, sur les relations internationales,... Les images qu’ils en retiennent, ce sont celles qu’ils voient, celles que les médias leur en donnent.

Sont-ils un frein au dialogue ?

Il est difficile de dire si les stéréotypes pèsent dans le dialogue interculturel. Mais si l’on s’arrête à une image qui reproduit systématiquement les même schémas, cela peut poser problème quant à la position que l’on peut prendre par rapport à son interlocuteur.

Personne n'y échappe...

La crise économique fait qu’il y a un réflexe de protection; il y a quelque chose de l’ordre du repli, certes pas toujours négatif. Beaucoup de personnes ne connaissent pas, par exemple, d’auteurs issus du continent africain. C’est là aussi une question de diffusion d’information et pas nécessairement de repli identitaire.

Les idées reçues viennent donc combler un vide de connaissance ?

C’est le raccourci que l’on fait : on ne connait pas d’auteur africain donc on a l’impression qu’il n’y en a pas. C’est l’absence de confrontation qui mène à ce sentiment d’inexistence.

Vous analysez les parutions médiatiques . L es codes auxquels elles obéissent sont différents selon que l’on se trouve dans de l’information journalistiques, de l’éducation au développement ou de l’appel aux dons...

Les images que donnent les médias d’information de l’Afrique sont souvent dramatiques : famines, guerres, conflits. Elles obéissent à la logique de l’info.

L’éducation au développement et l’appel aux dons coexistent dans les ONG. Mais là où le premier domaine d’activité vient complexifier un problème, le second produit un discours direct, simpliste et culpabilisant en disant “On a besoin de vous !”

Sans faire de généralités, on peut faire un rapprochement entre les images que l’on nous montre quasi systématiquement dans les médias et dans les campagnes d’appel aux dons : la redondance. Celles d’individus - des femmes ou des enfants pour la plupart du temps - isolés, seuls, malheureux, dans un environnement désertique. Le discours qui les accompagne est souvent de l’ordre du passif  et véhicule l’idée que sans leNord, il n’y a pas de développement en Afrique...  Soyons-en conscients. Ce n’est pas grave mais c’est important de donner une autre image de la réalité : en Afrique, il y a aussi des hommes, des villes, une économie qui se met en place,...

C'est donc la récurrence de ces images conjuguée à l'absence d'autres réalités qui existent par ailleurs qui posent problème selon vous ?

Exactement ! Et c’est dans cette dualité que réside la difficulté des structures qui dépendent de dons pour pouvoir mener leurs projets et qui répondent aux mécanismes des agences publicitaires. C’est normal. Et on continue parce que ça marche.

Le côté choquant et interpellant ne pourrait-il pas se mettre au service d’un message plus complexe ?

Bien sûr. On n’est pas conscientisé quand on entend des discours raccourcis. En amont des campagnes de pub, il faudrait des événements qui puissent complexifier la problématique soulevée et présenter des solutions. Aujourd’hui, il y a tout de même une évolution dans la mesure où de nombreuses ONG privilégient le figuratif plutôt que la personnification.

Le passé colonial de la Belgique est-il encore prégnant dans les esprit s  ? Certaines images font-elles encore, malgré tout, partie de l’inconscient collectif ?

L’histoire récente de la Belgique avec l’Afrique complexifie la situation. Il est difficile, effectivement, d’avoir une approche qui ne soit pas d’aide et civilisatrice mais qui soit plus de l’ordre de la coopération et du partenariat. Attention, je ne dis pas qu’il faut arrêter de coopérer avec l’Afrique ! Cela ne fait jamais qu’une dizaine d’années que la coopération suit cet axe de développement ( Déclaration de Paris-2005 et d'Accra -2010  NDLR). L’approche s’est aujourd’hui diversifiée. Il faut que cela continue...

Céline Langendries, coordinatrice à CEC ONG, analyse pour nous 2 affiches de campagne d’appel aux dons (VIDEO). Voici ce que ces dernières disent de l'Afrique.