Histoires de rapatriés

Portraits de deux rapatriés, rentrés de Tanzanie vers le Burundi après des années en exil.

Valentine Van Vyve, envoyée spéciale au Burundi
Histoires de rapatriés
©Valentine Van Vyve

Portraits de deux rapatriés, rentrés de Tanzanie vers le Burundi après des années en exil.

Le Burundi, petit pays de la région des Grands Lacs, a été le théâtre d'une décennie de conflit, poussant une grande partie de sa population à l'exil. Nombre d'entre eux ont pris la route de la Tanzanie, s'y réfugiant pendant des années. Vivant comme réfugiés dans les camps ou dans les villages de manière illégale, ils y ont construit une famille et pour certains une nouvelle vie. Alors que le calme revenait en 2005, le gouvernement burundais appelait cette population à rentrer au pays. Certains ont écouté et obtempéré, heureux de retrouver la terre qu'ils avaient délaissée. Mais les lendemains ont été difficiles, le temps ayant bien souvent effacé les traces de leur passage.

Emmanuel Manirakiza : « Je crains de devoir à nouveau partir »

En 1993, Emmanuel et son épouse fuyaient avec leurs trois enfants vers la frontière tanzanienne. Ils vécurent à Rukolé, l’un des quatre camps que compte le pays. « J’y ai été contraint. Nous n’y étions ni heureux ni en sécurité, se souvient-il , j’y ai subi des emprisonnements arbitraires, nous étions surveillés, cantonnés au statut de réfugiés, nous ne pouvions pas circuler librement ». Depuis que le pays connaît à nouveau le calme, nombreux sont ceux qui ont décidé de franchir la frontière dans l’autre sens. En 2008, Emmanuel rentre au pays. La parcelle familiale qu’il détient n’est malheureusement plus assez grande pour accueillir la famille, élargie après tant d’années. « Je suis content d’être revenu, mais il est difficile de rentrer et de refaire sa vie, encore une fois », commente-t-il. Depuis son retour, il loue la force de ses bras dans les marais qui se trouvent dans la vallée. Alors qu'il reçoit la visite de la Croix-Rouge, à l'initiative de la maison qu'il occupe, il en profite pour faire part de ce qui lui manque : ustensiles de cuisine et couvertures. « Nous allons y remédier rapidement », répond Tarcisse, qui apporte cette même réponse lorsqu’Emmanuel lui fait part de cette inquiétude qui demeure par delà sa « confiance en l’avenir » : celle de ne pas détenir le papier certifiant qu’il est bien le propriétaire de la maison et qui pourrait le contraindre à " s'en aller, encore une fois ".

Guillaume Manirambona : « J’ai retrouvé la bonne entente »

Guillaume Manirambona est entouré des membres de sa communauté. Tous sont regroupés devant la maison du président de l’unité collinaire de Nyaruhengeri, à côté de l’étable abritant les deux vaches qu’a mis à leur disposition la Croix-Rouge locale. Cela fait un peu plus de dix ans déjà que Guillaume est revenu de Tanzanie. Le Burundi, il l’avait fui alors qu’il n’avait que 18 ans. C’était en 1996. Il y transita par les camps de Mbuba Keza, Gitare et enfin Rukolé. « Je m’y sentais menacé alors, dès que la paix est revenue au pays et que le gouvernement a appelé les réfugiés à rentrer, j’ai décidé de venir, avec ma femme et mes deux enfants », raconte-t-il, dans le silence général. Ignorée par le recensement effectué par le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), la famille se mit en route à pied.

Aujourd’hui, Guillaume est père de cinq enfants dont les plus âgés sont scolarisés et est vice-président de l’unité collinaire. Ces responsabilités l’ « épanouissent ». Il les assume pour « l’intérêt des plus vulnérables ». Intégré dans sa communauté, il se dit « heureux » d’être rentré. Car c’est la « bonne entente » avec ses voisins qui lui manquaient pendant ses années d'exil.

Alors que de nombreux rapatriés ont été relogés, il vit dans une « maison moyennement habitable ». Il aspire aujourd’hui à assurer l’avenir de son ménage et espère recevoir l’appui des associations de terrain pour développer une activité agricole, ses trente bananiers lui assurant pour le moment un petit revenu.


Pour en savoir plus sur la thématique des rapatriés, lisez "Reconstruire sa vie, une fois de plus" .


Ce vendredi, La Libre consacre 32 pages spéciales à Move with Africa !