Reconstruire sa vie, une fois de plus

L’habitat est au centre de la réinsertion sociale et professionnelle des milliers de Burundais revenus de Tanzanie après des années d’exil.

Valentine Van Vyve, envoyée spéciale au Burundi
Reconstruire sa vie, une fois de plus
©Valentine Van Vyve

L’habitat est au centre de la réinsertion sociale et professionnelle des milliers de Burundais revenus de Tanzanie après des années d’exil.

Emmanuel Manirakiza s’en revient tranquillement des champs, à légers coups de pédales. Il y a laissé son épouse, en cette fin de matinée marquée par la chaleur pesante d’un soleil presqu’au zénith dans un ciel dépourvu de nuage. Empruntant le chemin qui longe la façade de sa maison d’un côté et les quelques mètres carrés qu’il cultive de l’autre, il arrive à lentes enjambées dans l’arrière-cour. Trois de ses enfants, jouant sur la parcelle voisine, le rejoignent silencieusement.

Emmanuel, son épouse et leurs huit enfants occupent depuis 2012 l’une des dix-neuf maisons construites grâce à l’appui de la Croix-Rouge sur un terrain donné par les autorités de la colline de Kibimba. Toutes sont destinées à ceux qui, comme Emmanuel, sont revenus de Tanzanie après des années d’exil, sans propriété et sans moyens ; ils font partie de ces « sinistrés », comme le jargon les dénomme : rapatriés ou, plus récemment, expulsés et vulnérables. Dans la commune de Buhinza, à l’extrême est du Burundi, pratiquement les deux tiers des bénéficiaires du projet géré par la Croix-Rouge sont de ceux-là. Pour éviter les jalousies avec ceux qui sont restés au pays, c’est la communauté qui valide la liste des personnes soutenues. Elle les appuiera ensuite dans les initiatives qu'ils prendront pour sortir de la précarité.

Une maison, un nouveau départ

« L’habitat est au centre de la réinsertion socio-professionnelle », explique Tarcisse Ndimurwanko, Point focal pour la Croix-Rouge du Luxembourg. D’où ce projet que mène l'association dans les communes de Muyinga et de Buhinza depuis 2011, soit un an après le retour massif de réfugiés. Au total, trois cents maisons de ce type ont été construites sur vingt collines. L’habitat est intégré à une série d’ « actions transversales », précise Tarcisse Ndimurwanko. S’inscrivant dans une logique d’appui et non de « main tendue », la Croix-Rouge du Burundi demande que les bénéficiaires « renforcent leur maison avec du ciment, des fenêtres, des moustiquaires. Nous les appuyons dans les initiatives qu’ils prennent en appliquant les conseils qu’on leur donne en termes d’agriculture, d’élevage, de santé, d’hygiène, de limitation des naissances. Nous mettons à disposition des communautés du bétail et des arbres fruitiers ». Parce qu’il applique ces conseils, Emmanuel est devenu un « leader » dans la communauté à laquelle il appartient désormais.

A contrario, si la colline de Nyaruhengeri où vit Guillaume Manirambona bénéficie de cet appui, ce rapatrié de trente-six ans vit encore dans un logement extrêmement précaire qu’il définit lui-même comme « moyennement habitable ». « La plupart des rapatriés de 2010 ont retrouvé une terre », précise pourtant Tarcisse Ndimurwanko. En plus des initiatives du réseau associatif et des terrains cédés par les autorités publiques, l’ONU en a réinstallé une partie dans les « villages de paix ». Mais ceux-ci n’ont pas le succès escompté. « Ils ne sont pas en adéquation avec les besoins des gens : isolés, éloignés des marchés et des cultures et organisés en lots, ce qui n’est pas une habitude locale », fait savoir un observateur averti.

De surcroît, il faudra compter avec les nouvelles vagues de Burundais revenant dans leur province d’origine. Depuis février 2013, quarante mille d’entre eux séjournant illégalement en Tanzanie ont été expulsés sur décision du gouvernement. La plupart n’y a pourtant plus d’attache. Les organisations de terrain entendent mener un plaidoyer auprès des autorités afin que l’octroi de terres soit systématique. Une terre sur laquelle reconstruire une maison. Et une nouvelle vie.

Retrouvez ici les portraits de rapatriés .