Quand les cultures n’auront plus soif

La réhabilitation du réseau d’irrigation dans la plaine de l’Imbo devrait changer la vie de milliers de petits agriculteurs.

Valentine Van Vyve, envoyée spéciale au Burundi
Quand les cultures n’auront plus soif
©VVVY

La réhabilitation du réseau d’irrigation dans la plaine de l’Imbo devrait changer la vie de milliers de petits agriculteurs.

La plaine de l’Imbo contraste avec le paysage collinaire du reste du Burundi. Cette bande de terre s’étend au nord-ouest du pays longeant la frontière avec la République Démocratique du Congo et sa chaîne de montagnes majestueuses et imposantes. Son sol est particulièrement adapté à la culture de riz. Les rizières s’y étendent dès lors à perte de vue. La période des pluies offre la garantie de voir ces pousses grandir sans problème. La saison sèche venue, ces plantations exigeantes en eau viennent à en manquer. Pourtant, les rivières Nyamagana et Muhira coulent dans le nord de la province de Cibitoke... “Il ne manque pas d’eau, mais elle est mal utilisée”, commente Félicien, responsable du projet à l’antenne provinciale du ministère de l’Agriculture. L’évaporation étant importante en période sèche, “il est primordial de mettre en place un système d’alimentation flexible”, explique Thijs, junior pour l’Agence belge au développement (CTB). Le réseau d’irrigation construit en 1950 est pourtant quelque peu tombé en désuétude. Les autorités publiques en partenariat avec la Coopération belge ont donc décidé de le réaménager complètement dans le cadre du projet PAIOSA, dont le but est de contribuer à la réduction de la pauvreté et de soutenir la croissance économique. Etant donné la grande pression démographique sur les terres, la bonne utilisation de l’eau est vue comme un élément central dans la lutte pour l’accès à l’alimentation et à la transformation d’une agriculture de subsistance en agriculture familiale et commerciale.

Réhabiliter un réseau existant

Remontant de Cibitoke vers le Rwanda par la “dorsale”, la piste de terre s’arrête à hauteur de la construction d’une nouvelle prise d’eau. Là, s’affairent trois cents ouvriers; les hommes sont chargés des tâches lourdes. Les femmes font des aller-retour mécaniques, sacs de sable sur la tête, le port altier malgré la rudesse du travail. Tous travaillent à la force de leurs bras pour détourner en partie la rivière Nyamagana et en augmenter le débit afin d’alimenter les canaux d’irrigation. Ceux-ci couvriront une surface de 4000 ha au profit de quinze mille petits agriculteurs. Les bénéfices sont conséquents puisque, convenablement irriguées, les terres donneront non plus une mais deux récoltes par an. Dans intervalle, tomates et maïs pourront eux aussi y être cultivés. Les infrastructures seules ne sont néanmoins pas suffisantes pour garantir l’augmentation durable de la production agricole, prévient Thijs. “Il s’agit aussi de mettre sur pied une association pour la gestion de l’eau. Elle devra être responsable de la récolte des redevances, de l’entretien du réseau, de la sensibilisation, de la formation,...”, précise-t-il.

Ces avancées sont primordiale à l’heure où 80% de la population vit avec moins d’un dollar par jour et que, selon les prévisions du PNUD, près de la moitié des 9,8 millions d’habitants pourraient être victimes de la pauvreté en 2015.


La Coopération belge au Burundi est surtout active dans trois secteurs: l’éducation, la santé et l’agriculture. Ce dernier comptait en 2012-2013 pour 40% des investissements, gérés par le programme PAIOSA. Son but est de contribuer à la réduction de la pauvreté et de soutenir la croissance économique. Il concentre différentes activités d’appui liées à l’agriculture et à l’élevage : soutien à la recherche, développement agricole via l’appui à différentes filières, accompagnement des agriculteurs et travaux d’infrastructure. Ce projet est l’un des plus importants de l’Agence belge au développement dans ce pays d’Afrique centrale. Il pourrait en effet atteindre 10 millions d’euros.