Quels sont les enjeux agricoles du Bénin ?

Le Bénin possède d’excellentes terres et de l’eau en suffisance mais manque cruellement de main-d’œuvre qualifiée.

Valentin Dauchot, envoyé spécial au Bénin
Quels sont les enjeux agricoles du Bénin ?

Le Bénin possède d’excellentes terres et de l’eau en suffisance mais manque cruellement de main-d’œuvre qualifiée.n Le petit village d’Allahé qui a accueilli les étudiants de Theux pendant leur phase d’acclimatation est un petit bijou d’authenticité mais également l’un des villages les plus pauvres du Bénin. "Et cette pauvreté a fatalement des répercussions négatives", analyse Boras Behanzin, directeur de l’ONG béninoise Aldipe qui mène des projets agricoles dans la région. "Le trafic d’enfant vers le Nigéria voisin, le mariage forcé et le Sida sont des réalités, tout comme la précarité alimentaire".

Moins de deux repas par jour

Ici, hommes, femmes et enfants mangent moins de deux repas par jour. À défaut de réel programme de formation agricole, les techniques utilisées sont les mêmes depuis plusieurs générations, et l’usage accru d’engrais appauvrit des sols de moins en moins fertiles. "Avec la forte pression démographique enregistrée dans le pays, il est en outre de plus en plus difficile d’étendre les zones de culture pour augmenter ses revenus" poursuit Boras Behanzin. "L’État n’a jamais fait la promotion des cultures vivrières et a élaboré toute sa politique agricole sur base de la production de coton. Ce qui a logiquement encouragé le mise en place de grandes monocultures, limité la diversification, et entraîné une grande dépendance des paysans aux marchés internationaux. Les choses ont commencé à changer il y a quelques années, mais avec la crise économique, la situation s’est encore aggravée".

Des terres d’exception à l’abandon

Ces cinq dernières années, la vie est devenue plus chère et les dérèglements climatiques ont rallongé la période de soudure qui sépare la fin des réserves de nourriture de l’arrivée des nouvelles récoltes.

Allahé possède pourtant des terres d’exception longtemps laissées à l’abandon. Des zones dites de "bas-fond" naturellement alimentées en eau 365 jours sur 365 où du riz peut-être cultivé toute l’année, mais que les paysans ne savaient pas exploiter. "Les gens sont bien conscients du potentiel de ces terres mais nous disent toujours qu’ils n’ont pas l’expertise. D’où les programmes lancés dans le village depuis 2007 pour développer ces cultures des bas-fonds et des zones d’élevage en plus des cultures traditionnelles".

Comment expliquer que les populations qui vivent sur ces terres depuis des générations ne puissent pas les exploiter correctement ? "La tradition, le manque d’éducation, d’outils adéquats, et l’absence de politique agricole", répond le directeur de l’ONG. "Le pays a la chance d’avoir beaucoup d’eau mais ne dispose pas de microbarrages. En Afrique, tout est politisé. Il suffit qu’un gouvernement mette en place une stratégie qui fonctionne pour qu’un autre annule tout et applique son propre plan. Avec cette instabilité, le développement en prend un coup et nos ingénieurs partent à l’étranger. Il faut absolument convaincre nos cerveaux de rester et de créer des entreprises dans le pays pour maintenir une certaine dynamique et faire progresser la maîtrise des nouvelles pratiques agricoles".Valentin Dauchot