Volontaires à la poursuite d’un idéal humanitaire

Quelques quatre cents mille volontaires se mobilisent quotidiennement pour la Croix-Rouge du Burundi. Un réseau constitué depuis 2007, au lendemain des conflits qui marquèrent le pays pendant une décennie. Il répond à la nécessité de retisser le lien social. Et par là même, de venir en aide aux plus vulnérables. Portraits.

Valentine Van Vyve, envoyée spéciale au Burundi
Volontaires à la poursuite d’un idéal humanitaire
©Valentine Van Vyve

Quelques quatre cents mille volontaires se mobilisent quotidiennement pour la Croix-Rouge du Burundi. Un réseau constitué depuis 2007, au lendemain des conflits qui marquèrent le pays pendant une décennie. Il répond à la nécessité de retisser le lien social. Et par là même, de venir en aide aux plus vulnérables. Portraits.

La Croix-Rouge du Burundi est régulièrement citée en exemple auprès des différentes branches nationales du mouvement. Son réseau riche de 400.000 volontaires fait de lui un modèle unique et en fait pâlir plus d’un. Bien évidemment, à chaque contexte national sa particularité et ses besoins. Il n’empêche, alors que la moyenne d’âge des bénévoles en Belgique dépasse la cinquantaine, son pendant burundais présente des effectifs jeunes et, pour beaucoup, disant vouloir s’engager auprès du mouvement pour une durée indéterminée, « très souvent par idéal et par fierté de porter l’emblème ».

Aimerie, représentant de la Croix-Rouge Jeunesse

Avec abnégation et malgré la pluie, Aimerie rebouche le trou qui permettra au pieu de tenir verticalement. Ce tronc de bananier est l’un des piliers de la maison qu’il construit avec les membres de la section jeunesse de l’unité collinaire de Guitaba dont il est le représentant. A 22 ans, il est depuis sept années volontaire à la Croix-Rouge. Il prend son rôle à cœur. « La solidarité est primordiale, commente-t-il, j’ai choisi d’être volontaire car je veux me rendre utile aux plus vulnérables, à ceux qui sont le plus dans le besoin. De plus, ces responsabilités m’apportent tant de choses pour ma vie, pour mon travail. J’apprends tous les jours », dit-il. Etudiant en comptabilité et gestion, il se voit néanmoins volontaire « pour la vie ».

Jean-Marie, brigadier au camp de Bwagizira

Depuis 2007, il a gravi un à un les échelons. Jean-Marie est aujourd’hui « brigadier » au sein de l’effectif des volontaires de la Croix-Rouge dans la province de Ruiygi. Trois fois par semaine, ce trentenaire travaille à partir du camp de réfugiés de Bwagizira. Il y est chargé de la « restitution du lien familial, explique-t-il. Il s’agit de retrouver les membres des familles des réfugiés du camp et de les mettre en contact en assurant la transmission des messages des uns aux autres ». Dans le meilleur des cas, les familles sont regroupées « dans un camp ou dans un autre ». Rarement, les réfugiés congolais retournent dans leur pays d’origine. Le camp de Bwagizira est l’un des quatre que compte le Burundi. Celui-ci, ouvert en 2009 à une vingtaine de kilomètres de la ville de Ruyigi, accueille environ dix mille réfugiés. Les 10km2 ayant rapidement été saturés, un nouveau camp est venu pallier le manque de place en mars de l’année dernière. « Les réfugiés continuent d’arriver», commente Jean-Marie. Certains, comme Frédéric, sont passés par Bujumbura en quête d’un travail. C’est finalement juste le statut de réfugiés qu’ils ont glané dans la capitale.

L’ennui de l’oisiveté

Une fois dans le camps, tous dépendent alors entièrement de ce que les ONG et les organisations internationales leur procurent. Outre la nourriture, « nous avons d’autres besoins, des vêtements par exemple. Pour en acheter, nous devons vendre une partie de nos rations », explique Faida, mère célibataire de quatre enfants.

Emmitouflé dans un manteau boutonné jusqu’au menton malgré la chaleur, Luweso s’improvise guide, interpellant l’un, donnant la parole à l’autre alors que, debout sur le pas de leur maison grise s’amassent les observateurs curieux. L’inactivité est citée comme le problème majeur. « Il est vrai qu’ils manquent d’occupation. Cependant, les organisations internationales ne peuvent pas leur fournir tous les services, c’est impossible », tempère Jean-Marie alors que les réfugiés, jeunes désireux d’étudier ou adultes souhaitant travailler, se plaignent de l’oisiveté à laquelle ils sont contraints. Saisissant ce moment de divertissement, les « mamans » cessent de savonner leurs bambins. Les enfants abandonnent leurs bidons jaunes auprès de la source d’eau commune et se massent autour de Ali. Le jeune homme de vingt-cinq ans désire ardemment s’exprimer. Livre en main, il explique que « la seule chose qui rythme le temps, c’est la distribution de nourriture ». Dans ces conditions, il n’envisage l’avenir que dans la « pénombre et la douleur ».

Seule une mince barrière de bois sépare ces dix mille âmes du village adjacent. Les réfugiés ont l’autorisation d’entrer et de sortir à leur guise. « L’entente entre les Burundais et les Congolais est bonne », dit encore Jean-Marie. Des propos que corrobore le chef de la sécurité de Bwagizira.

Remontant les rues de Ruyigi bordées de petites échoppes de bois, Jean-Marie concède que la pauvreté est le plus grand défi qu’a à relever son pays. Voit-il des améliorations ? Il hésite. Sourit. « Tout doucement », finit-il par répondre.