Exploitation familiale, cellule de développement

Appuyées par le secteur associatif, les populations pauvres vivant en milieu rural deviennent des modèles pour leur communauté.

Valentine Van Vyve, envoyée spéciale au Burundi
Exploitation familiale, cellule de développement
©Valentine Van Vyve

Appuyées par le secteur associatif, les populations pauvres vivant en milieu rural deviennent des modèles pour leur communauté.

Sur un flanc de coteau de la commune de Mwakiro, dans la province est de Muyinga, alors qu’en aval, les rizières des marais offrent un tout autre paysage, Adelaïde désherbe la parcelle de 500 mètres carrés sur laquelle elle et son mari ont planté des haricots. Une fois la terre dépourvue de mauvaises herbes, Isaac joint à chaque graine un tuteur: ces deux étapes sont indispensables pour que pousse correctement la précieuse culture. “Nous privilégions les haricots et les bananiers”, fait d’ailleurs remarquer François, encadreur d’élevage et d’agriculture pour Caritas International. Il suit de près les actions entreprises par le couple. Il est en effet inscrit dans le projet PIADSA (Projet Intégré d’Amélioration durable de la Sécurité Alimentaire via l’Autopromotion des populations) depuis 2006, soit depuis son entame. Comme eux, 5500 ménages bénéficient de l’appui de l’ONG. Une nécessité alors que 80% de la population vit avec moins d’un dollar par jour, selon les derniers chiffres communiqués par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Il est dès lors aisé de comprendre la pertinence de l’objectif poursuivi par l'ONG; celui d’améliorer les conditions de vie et le niveau de sécurité alimentaire des petits producteurs agricoles et des personnes les plus vulnérables en milieu rural. Le chemin parcouru en sept années est de taille et ce, grâce notamment à l’intégration simultanée de plusieurs volets : applications des bonnes pratiques agricoles, lutte contre la déforestation et l’érosion, construction et entretien de potagers de cuisine et de compostières. Ces dernières sont au coeur d’un système qui s’auto-nourrit. Le compost utilise le fumier du bétail, les troncs de bananiers et tout autre déchet organique produit par le ménage. Quelques mois plus tard, ce fumier fermentera les champs et en améliorera la production. “Dans un second temps, on intègre les volets hygiène et élevage”, ajoute Bonaventure Nshimirimana, Responsable des programmes. Ayant intégré l’ensemble des conseils, Issac et Adelaïde sont devenus des modèles dans leur communauté. Ils sont désormais responsables d’y essaimer les bonnes pratiques acquises. Les bénéficiaires sont donc “les sujets de leur propre développement”, aime à répéter Bonaventure Nshimirimana. Cette méthode s’inscrit d’ailleurs dans les politiques nationales de développement rural.

Chaîne de solidarité

Remontant du champ, houes à l’épaule, Adelaïde passe devant les vaches qui paissent paisiblement dans la bergerie. Au début du projet, le couple a reçu un taureau géniteur contre l’obligation de féconder quarante vaches de la colline, à commencer par les leurs. C’est ainsi qu’ils ont intégré la “chaîne de solidarité” selon laquelle le premier né sera lui-même offert au bénéficiaire suivant. Si le bétail est symbole de prestige dans ce pays de la région des Grands Lacs, il est aussi un capital. Après quelque temps, Isaac a troqué le bovin contre une maison. Désormais, le couple et ses sept enfant ne manquent plus de nourriture. La partie de sa production qu’ils ne consomment pas est vendue au marché local, à l’instar de la bière de banane qu'Isaac confectionne lui-même.

Mwakiro était considérée comme l’une des communes les plus pauvres de la région. Grâce au projet, la famine a été combattue. Le niveau de vie moyen a été amélioré”, se réjouit Patient Burume, assistant technique.

Fort de ces quelques pas en avant sur le chemin de la sécurité alimentaire, Isaac vise maintenant la “prospérité agricole”. Avec l’argent qu’il en retirera, il aimerait acheter une voiture pour se déplacer avec sa famille. Où ? Muyinga, Bujumbura, Ngozi. Quitter les collines, un court temps, pour rejoindre les villes. Et voir du pays.