A réalités complexes, explications faciles

Chacun voit le monde au travers de stéréotypes et préjugés. Ils permettent d’expliquer en simplifiant les réalités vécues et observées. S’ils sont subits souvent inconsciemment, il est possible de s’en défaire.

Entretien : Valentine Van Vyve
A réalités complexes, explications faciles
©Jean-Christophe Guillaume

Chacun voit le monde au travers de stéréotypes et préjugés. Ils permettent d’expliquer en simplifiant les réalités vécues et observées. S’ils sont subits souvent inconsciemment, il est possible de s’en défaire.

Dis-moi quelle position occupe un groupe dans une société et je te dirai quel est son stéréotype”, résume Olivier Klein, directeur du Centre de recherche en psychologie sociale et interculturelle (CRPSI) de l’ULB. Sommes-nous pour autant esclaves de nos idées reçues ?

Quelle est la différence entre un stéréotype et un préjugé ?
Un stéréotype est une croyance concernant les traits (souvent psychologiques) qui caractérisent les membres d’un groupe social et le différencient d’autres groupes. Ils s’organisent souvent sous forme de mini-théories : les membres du groupe sont pauvres parce qu’ils sont paresseux. Un stéréotype change selon le groupe auquel on le compare.
Un préjugé désigne une attitude négative vis-à-vis des membres d’un groupe social.

Comment se forment-ils ?
Ils dépendent en partie de notre socialisation – l’influence des parents, de l’éducation – mais ils ne peuvent se développer que dans la mesure où ils donnent un sens à nos expériences de vie, à nos relations à d’autres groupes au quotidien. Si on est sans cesse confronté aux membres d’un groupe donné en leur qualité de mendiants, peut-être sera-t-on tenté de les qualifier de “peu autonomes”, “peu travailleurs” ou “incompétents” car cela fournit une explication facile à leur statut social. Le stéréotype peut également servir à justifier ou à expliquer la position sociale du groupe concerné, ce qui peut être confortable.

De quelle manière modifient-ils notre perception des choses ?

Plusieurs travaux montrent qu’une fois qu’on a catégorisé autrui comme appartenant à un groupe donné, les stéréotypes associés à ce groupe (positifs ou négatifs) tendent à organiser notre perception de cette personne. Cela se produit souvent de façon automatique sans qu’on puisse contrôler ce phénomène. De même pour les préjugés. Certains auteurs suggèrent toutefois que l’on peut parfois en prendre conscience et l’“inhiber”. Cela entraîne un comportement plus tolérant ou respectueux.


Comment les déconstruire ?

Des campagnes visant à convaincre l’opinion publique que tel ou tel stéréotype est faux doivent s’attaquer à ce qui fait sa force : son pouvoir d’explication de la réalité. Ces stéréotypes s’insèrent dans des explications profanes du fonctionnement de la société. Ils ne peuvent se déconstruire que si les relations entre le groupe étant l’objet d’idées reçues et le nôtre se modifient. Parce que l’on est amené à le rencontrer dans des contextes différents, que l’on parvient à rendre compte de cette relation (sa position sociale inférieure est le fruit de la discrimination dont ils font l’objet). Mais il est parfois difficile de s’imprégner de ce type d’explication tant notre inclination la plus naturelle consiste à expliquer la position sociale d’un individu ou d’un groupe par des traits psychologiques.