L'Assemblée générale de l'ONU à désigné 2014 comme l'année internationale de l'agriculture familiale. L'occasion pour le FIAN, membre de la Coalition contre la faim, de mettre cette thématique sous la loupe, d'enregistrer des avancées « fortes et concrètes » en matière de soutien à ce modèle d'exploitation et de dénoncer les politiques qui l'entravent. Car le droit à l'alimentation est encore bafoué pour près d'un million de personne. Ce type d'exploitation n'est pas seulement un rouage parmi d'autres dans une mécanique, il en est le moteur. Encore faut-il vouloir mettre les doigts dans l'engrenage, dit en substance le FIAN Belgique.


Rencontrer les défis

Le soutien à l'agriculture paysanne n'est pas le combat des seules ONG. Récemment encore, parmi d'autres experts, Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, répétait l'essentiel appui à ce type d'exploitation agricole. Non seulement pour rencontrer le droit à l'alimentation. Mais pas uniquement. « Elle constitue une alternative très prometteuse pour rencontrer de nombreux défis », abonde Manuel Eggen, chargé de recherche et plaidoyer pour le FIAN Belgique. D'abord celui environnemental : le soutien à l'agriculture familiale fonctionne en «binôme » avec l'agroélevage, « plus respectueux des écosystèmes locaux ». Ensemble, ils sont les garants de la préservation de la biodiversité et sont un outil de lutte contre les changements climatiques. Ensuite, « en terme de sécurité alimentaire, sa promotion permet une meilleure diversité de production et une meilleure distribution de l'alimentation au niveau local », explique Manuel Eggen.


Les ramifications dépassent l'accès même à l'alimentation puisque la promotion de l'agriculture paysanne sert d'instrument de lutte contre la pauvreté. Aujourd'hui, le paradoxe veut que 70 à 80% des personnes touchées par la faim sont des agriculteurs. « Lutter contre cette exclusion permet de développer l'économie locale inclusive avec une meilleure répartition des richesses », explique Manuel Eggen. Car le point de départ est bien celui-ci : « Nous ne sommes pas confrontés à un problème de production mais d'accessibilité », celle-là même dont les populations les plus vulnérables pâtissent. La concurrence du marché, la spéculation, l'accaparement des terres sont cités parmi les responsables et sont « le fait de la libéralisation constante et croissante des politiques », estime la Coalition contre la faim.


Changer les règles du jeu

« Les règles du système alimentaire actuel sont dictées par des acteurs puissants internationalement dont l'objectif est la mise en concurrence des acteurs économiques », grands comme petits. « C'est un combat inéquitable qui ne permet pas l'essor de l'agriculture paysanne », appuie Manuel Eggen. Et de citer les acteurs de l'industrie alimentaire mais aussi l'Organisation du commerce (OMC) ou la Banque Mondiale qui « ont dans leurs statuts mêmes la libéralisation du commerce ». Cependant, alors que l'on « reconnaît l'importance de l'agriculture paysanne, on n'accepte pas de changer les règles du jeu », déplore-t-il.


Si les experts ne constatent pas de « réelle volonté de changer de paradigme », ils nuancent : « L'importance de l'agriculture paysanne est déjà plus ou moins reconnue par de nombreux états européens et clairement mise en avant par la Belgique, concèdent-ils. Le problème réside dans les décisions politiques prises par ailleurs et qui vont à l'encontre de cette agriculture », regrette Manuel Eggen. La Belgique adopte effectivement une position « relativement progressiste » au niveau européen en matière de réforme et de soutien aux exploitations familiales, en témoignent la récente proposition de loi sur la spéculation financière sur les denrées alimentaires ainsi que les engagements du gouvernement pour davantage de cohérence dans les politiques en faveur du développement. (En savoir plus ).


Parmi les grandes instances internationales aussi, des avancées sont soulignées. La FAO a par exemple mis en place un Comité pour la sécurité alimentaire mondiale (CSA). International et intergouvernemental, il permet que se rencontrent le plus grand nombre de parties prenantes pour œuvrer collectivement à la sécurité alimentaire et à une meilleure nutrition pour tous. « La société civile s'est beaucoup impliquée dans les travaux du CSA qui est perçu comme un espace démocratique et participatif pour l'élaboration de règles internationales en faveur de la sécurité alimentaire » , souligne Manuel Eggen. « Malheureusement, la FAO pèse moins lourd que les règles édictées par l'OMC et la Banque Mondiale , regrette-t-il avant de lancer, sur le ton de la défiance : « Si l'on veut vraiment faire de cette agriculture un moteur de croissance et de développement, il faut lui donner les moyens de se développer ».


Au nord comme au sud

Le soutien à ce type d'exploitation n'est pas exclusivement dirigé vers les agriculteurs du sud. « Nous plaidons pour une transition vers des modèles plus durables et à plus petite échelle en Europe également » , souligne encore Manuel Eggen alors que, dit-il, la Politique Agricole Commune (PAC) adoptée par l'Union Européenne a au contraire « favorisé les grands acteurs au détriment des autres » . Il pointe une conséquence directe de ces politiques : la diminution « dramatique » du nombre d'agriculteurs, à fortiori jeunes, en Belgique. Selon les statistiques officielles transmises par le SPF Finance, le pays a en effet perdu 63% de ses exploitations agricoles depuis 1980 tandis que la superficie moyenne par exploitation a plus que doublé sur la même période. Des chiffres qui interpellent. « C'est à se demander qui nous nourrira à l'avenir », s'étrangle Manuel Eggen.