3 Questions à Bernard de Vos, Délégué général aux droits de l’enfant.

L’école a-t-elle pour responsabilité d’ouvrir le jeune au monde et à l’autre ?

C’est une priorité. Son rôle, c’est non seulement d’instruire mais aussi d’éduquer et d’ouvrir les jeunes à d’autres réalités. Particulièrement des enfants qui sont inscrits dans une logique d’échec et qui sont méconsidérés. Une école bien comprise, qui arrive à donner envie d’apprendre et de s’ouvrir, c’est un impératif. Mais elle est encore très inégalitaire sur ce point-là. Je dénonce un apartheid dans le système éducatif : pour ceux qui sont considérés comme utiles socialement, les meilleurs outils sont mis en place : éducation, loisirs, environnement culturel, etc. Aux autres, on adresse un message sécuritaire. Or, l’absence d’opportunités à s’ouvrir au monde confine enseignants et élèves dans un entre-soi presque pathogène.

En quoi ces projets sont-ils porteurs ?

Il est impossible de faire une école qui offre des terrains de réussite aux enfants mais qui dans le même temps se racrapote sur elle-même. Il est impossible d’atteindre une meilleure estime de soi et la réussite personnelle sans ouverture sur le monde. On peut très bien développer les socles de compétences par des moyens détournés et utiliser l’ouverture au monde pour favoriser les apprentissages. Ils servent alors directement, en plus d’être utiles à leur avenir, et donnent aux jeunes une conscience du monde. De plus, cela leur confère une utilité sociale. Mener des actions de solidarité leur permet de se sentir utiles socialement, d’avoir un rôle. Prenez l’exemple de ces jeunes partis se battre en Syrie. Outre le fait “religieux”, ils cherchent à être utile, à agir. Tous, quel que soit le type d’enseignement qu’ils suivent, devraient avoir l’opportunité de s’impliquer et d’être responsabilisé.

Touche-t-on aux droits de l’enfant ?

Le droit de participer et de s’exprimer est fondamental dans la Convention de 1989 qui régit leurs droits. Or, il est celui qui est le moins respecté dans le milieu scolaire. Une enquête de l’observatoire de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse réalisée récemment sur la participation de l’enfant exposait qu’ils sont nombreux à avoir, à l’école, le sentiment d’être des objets passifs. On a tout intérêt à réformer fondamentalement le système afin de mettre l’enfant en situation d’acteur beaucoup plus tôt dans son développement. Une école plus égalitaire, qui offre aux jeunes la possibilité de s’exprimer, est un gage pour une société future plus juste, responsable et citoyenne. Mais il y a encore beaucoup à faire pour avancer sur le chemin de la citoyenneté.