Les bio-digesteurs récupèrent le gaz produit par les déjections bovines pour la cuisson des aliments. Ingénieux !

Il faut marcher vingt minutes sur un chemin de terre, en contrebas de la route, pour atteindre ce petit village du district de Nyanza. On se serre dans la minuscule cuisine pour assister à ce qui, ici, relève presque du prodige : l’allumage du bec de gaz. A l’arrière, deux vaches broutent gentiment dans leur enclos, sans savoir qu’elles sont à l’origine de l’ingénieux mécanisme qui permet à la famille de Vénuste de cuire le repas sur une cuisinière.

La construction du bio-digesteur est en phase terminale, ce qui permet de visualiser son fonctionnement. La bouse est amenée par un tuyau qui aboutit à un mélangeur, un dispositif en métal qui permet d’ôter l’herbe et d’ajouter de l’eau. La mixture passe dans une fosse recouverte d’un dôme en haut duquel est fixé un tuyau qui grimpe jusqu’à la cuisine.

Le biogaz est produit par les micro-organismes présents dans les excréments. "Dès que le dôme est rempli, le gaz s’échappe vers le haut en poussant petit à petit la matière vers une deuxième fosse où elle sera récupérée comme fumier", explique Désiré, vétérinaire et chef de projet à Imbaraga, ONG partenaire de Vétérinaires sans Frontières-Belgique. "Les biodigesteurs fonctionnent comme un organisme animal : on doit les alimenter tous les jours à la même heure..."

Ce gaz vert domestique peut servir pour allumer une ampoule (il n’y a pas d’électricité) ou alimenter la cuisinière - il faut choisir ! Le foyer amélioré, qui permet d’économiser le bois, l’emporte souvent. "C’est aussi plus facile pour les mamans. Quand elles quittent le champ, elles peuvent tout de suite préparer le repas". Autre avantage : une diminution des affections respiratoires et oculaires, causées par la fumée des feux allumés à l’intérieur des maisons.

"On installe les bio-digesteurs dans les familles qui ont au moins deux vaches. S’il n’y en a qu’une et qu’elle meurt ou qu’ils décident de la vendre, le bio-digesteur ne sert plus à rien", précise encore le vétérinaire.

Le Rwanda tente de mettre en place un programme de promotion de bio-digesteurs domestiques. Objectif : 100 000 à l’horizon 2017. On en est encore loin : on en compte actuellement 4000. "Disons que ça ne va pas être facile", indique Désiré. "Le gouvernement intervient financièrement, comme VSF-Belgique, mais les paysans ne peuvent pas toujours mobiliser le reste. Ils ont parfois d’autres priorités".