Move With Africa

Depuis 1993, le 22 mars est une date clé dans l’agenda des Nations Unies. Proclamée Journée internationale de l’eau, elle attire l’attention sur l’importance de gérer cette ressource naturelle, vitale, de manière durable et juste. Parce qu’elle est au cœur du développement. Elle en est « le point de départ et le fil conducteur », insiste Léna Salamé, coordinatrice de la journée mondiale de l’eau à l’UNESCO.

Cette journée existe parce que l’eau potable de proximité est un droit humain fondamental… virtuel pour encore 783 millions d’individus, soit 11% des humains. Voilà un « pas timide » dans la bonne direction, regrette Léna Salamé. Sa déception est à la hauteur des conséquence qu’un tel déficit sous tend : il provoque des manques considérables en terme de santé, d’accès à l’éducation, d’émancipation sociale ; autant de domaines que l’ONU s’est pourtant promis d’améliorer à l’horizon 2015.

Chaque année, donc, une problématique particulière est mise en valeur. Et puisque 2013 (sous l’impulsion de Tadjikistan) est l’année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau, cette journée adopte la même thématique et en souligne les enjeux fondamentaux. « Il n’y a pas d’autres moyens pour avancer dans le développement humain que de renforcer la coopération sur l’eau », insiste Léna Salamé. Cela est d’autant plus vrai « dans un contexte marqué par une pression toujours plus grande sur les ressources en eau douce, provoquée par l’augmentation des besoins alimentaires, l’urbanisation rapide et le changement climatique », explique l’UNESCO.

La coopération est d’autant plus importante que ce n’est pas la quantité disponible de la ressource qui pose problème mais bien son inégale répartition, spatiale et sociale. Aujourd’hui 2,6 milliards de personnes ne disposent pas de moyens d’assainissement satisfaisants, soit un pourcentage en hausse depuis 1990. Seuls 61% des habitants de l’Afrique subsaharienne ont accès à des sources d’eau améliorées. Par ailleurs, avec la raréfaction de l’eau « dans son bon état écologique » dans les régions arides, de nombreux Etats du Sud se trouvent ou seront bientôt dans des situations de « stress hydrique ».

Dès lors, l’agence onusienne s’attache à « mettre en avant des exemples réussis de coopération et d’explorer des thèmes tels que la diplomatie de l’eau, la gestion des eaux transfrontalières ou encore la coopération financière » .

Quelles formes de coopération ?

Comment garantir à tous les êtres humains l’accès à l’eau salubre et potable ? C’est ici qu’intervient la « diplomatie de l’eau » ou « les interactions positives entres les acteurs, ayant pour but de trouver des solutions dans ce domaine », explique Léna Salamé.

148 pays comptent au moins un bassin hydrographique transfrontalier. Et il n’est pas toujours aisé d’en garantir la gestion conjointe et la bonne gouvernance. La coopération « à tous les niveaux » est primordiale dans la gestion d’une ressource qui ne connaît pas les frontières : « entre les Etats et en leur sein, au niveau local et régional mais aussi interdisciplinaire, réunissant les acteurs politiques, scientifiques, du monde associatif et de la société civile », insiste Léna Salamé.

Cette gestion commune s’étend aux industriels privés. Cet état de fait, Riccardo Petrella, président de l’Institut Européen de Recherche sur la Politique de l’Eau (IERPE), le dénonce avec vigueur. Il fustige la déresponsabilisation des pouvoirs publics dans la gestion des ressources naturelles au profit des grands groupes privés et des marchés financiers. Un retrait, s’il est total, qui fait de l’eau non plus seulement un bien vital mais avant tout un produit de consommation comme les autres. Une marchandise.

Du côté de l’UNESCO, ce sont justement ces partenariats public – privé qui sont privilégiés. Pour autant, Léna Salamé ne plaide pas pour une privatisation de la gestion de l’eau. « L’Etat doit rester garant du droit des populations à bénéficier de cette ressource vitale et doit garder un œil sur ses intérêts. L’eau est et doit rester une prérogative étatique. ». Cette nuance est appréciée par le chercheur selon qui « la coopération publique - privé ou privé - privé n’est intéressante que si le secteur public reste le chef d’orchestre de la gestion des ressources et, plus loin, du territoire, de manière globale et intégrée ».

« Les guerres de l’eau n’existent pas »

A ceux qui parlent de « guerre de l’eau », Léna Salamé et Riccardo Petrella répondent fermement : « Elles n’existent pas ». Seuls existent les conflits liés à l’eau. Ou plutôt des conflits dans lesquels l’eau est un outil pour atteindre l’ennemi, voire une victime, mais pas un objectif en soi. Dans ces conflits, elle n’est pas le seul enjeu ou le seul facteur de dissensions, elle s’inscrit dans « l’animosité générale entre les populations ». « Une guerre de l’eau n’est rentable dans aucun domaine ; ni politique, ni économique, ni social, ni écologique, parce qu’elle est vitale pour le développement humain », argumente L. Salamé. Dès lors, « ces conflits peuvent être tournés en coopération ».

Ou quand l’eau devient alors source et vecteur de paix.