Suite à l’annulation de leur voyage au Burkina Faso, les Liégeois ont poursuivi leur chemin au Maroc.

Les élèves de 6e du Lycée Provincial Jean Boets n’avaient, en réalité, pas attendu “Move with Africa” pour bouger. En début d’année scolaire, les jeunes inscrits en option sciences sociales savaient qu’il leur serait demandé non seulement de marcher hors des sentiers battus, mais aussi et surtout de (se) poser un tas de questions sur le système dans lequel ils grandissent et auquel ils participent.

Ce projet s’inscrivait donc dans le cadre d’un apprentissage plus global et “lent”. La thématique de la citoyenneté mondiale ne s’envisage pas en deux coups de cuillères à pots, mais est en effet large et recouvre des réalités aussi diverses qu’elles sont interconnectées. “Il est nécessaire d’envisager la thématique par plusieurs portes d’entrée, toutes reliées”, précise à cet égard Aude Benazzi, professeur de sciences sociales. En vrac, les élèves ont ainsi abordé, tout au long de l’année, les migrations internationales et l’asile, la consommation responsable, le commerce équitable, la souveraineté alimentaire aux travers de cas concrets, de jeux de rôles et, surtout, de rencontres.

Des rencontres, ils s’étaient préparés à en vivre une multitude. Tel était le cœur du projet qui devait les amener au Burkina Faso, en partenariat avec Défi Belgique Afrique (DBA). L’enjeu du projet était de transformer la prise de conscience ainsi amorcée des interdépendances entre citoyens du monde, en actions.Une situation sécuritaire peu fiable dans la capitale de ce pays d’Afrique occidentale a eu raison de la quinzaine de jeunes et de leurs professeurs. La déception a cependant vite laissé la place à l’action.

Le Maroc agricole et solidaire

Décidés à vivre ce voyage d’immersion qui concrétiserait – du moins en partie – ce qui avait été abordé théoriquement, les Liégeois se sont rendus au Maroc, dans la vallée d’Aït Bouguemez, sise dans le Haut Atlas central, à la découverte de projets agricoles et de solidarité entre les populations locales, partageant leur mode de vie rural préservé, participant à la vie du village. “Une découverte en chassait une autre : rencontre avec des associations de promotion de l’enseignement, de la scolarisation, d’accès aux soins de santé, avec des membres d’une coopérative de femmes, des responsables du tri et de l’évacuation des déchets, de création de canalisation d’eau, de voies d’accès aux villages reculés”, cite en vrac Graziella Altobelli, enseignante. “Tout est axé sur et autour du bien commun et de la communauté. Savoir que, dans la vallée, l’électricité n’est apparue qu’il y a 10 ans, et l’eau courante 7 ou 8 ans, paraît surréaliste. Cependant, voir qu’il est possible de bénéficier du développement sans en devenir l’esclave, parce qu’ils sont capables de ne pas se laisser envahir et de garder des techniques ancestrales pour vivre en respectant le rythme et la terre, est une sacrée leçon”, résume sa collègue, Dominique Vanoirbeck. Riquette et Dodo font le même constat d’un séjour “riche en émotions, en rencontres et en partages. Quelle superbe leçon de voir comment les gens peuvent vivre dans la simplicité !”, constatent ces élèves.

Des élèves en questionnement et impliqués

Nous les avons vus intéressés et en demande, étonnés, se souvient Aude Benazzi. Mais ouvrir les yeux n’est pas simple, voire difficile, douloureux parfois”. Cette remise en question a été un “réveil”. “Si mon regard a changé, c’est principalement dans la prise de conscience de l’importance de la solidarité”, explique Mélany, alors qu’Arnaud la qualifie d’“exceptionnelle”. Ozlem et Pitch résument le séjour en deux mots : “épanouissant et enrichissant”. Depuis qu’ils sont rentrés, les élèves témoignent d’ailleurs d’une envie de “continuer à découvrir l’autre dans une relation d’égalité”, constate Aude Benazzi, alors que Graziella Altobelli soulève “leur envie de changer de vie en prenant soin d’autrui, d’eux-mêmes, en regardant l’autre différemment”. Et la première de renchérir avec enthousiasme : “Aujourd’hui, ils ont compris qu’ils avaient non seulement la responsabilité mais aussi la capacité de faire bouger les lignes”.

Ce sont d’autres lignes, tracées à l’encre, que les professeurs adressaient à leurs élèves en quittant la vallée : “Le plus important n’est pas le voyage en lui-même, mais bien le chemin parcouru… et celui qui reste à parcourir”. C’est ainsi l’histoire, non achevée, de professeurs qui ont commencé par creuser des sillons de citoyenneté, préparant la terre pour qu’elle soit la plus favorable à y accueillir des cultures fertiles. Puis qui y ont planté des graines. Celles de citoyens en devenir. Le voyage d’immersion est intervenu comme une pluie douce et constante, irriguant les semences. “Travaillez, étudiez, donnez, apprenez, engrangez, intéressez-vous, formez-vous pour pouvoir un jour, vous aussi, sensibiliser…”.