Environ 90 migrants se trouvaient à bord de l'embarcation selon les premiers éléments recueillis auprès des naufragés, a indiqué mardi le porte-parole du ministère tunisien de la Défense Mohamed Zikri, précisant qu'il y avait 33 rescapés, en majorité originaires du Bangladesh.

Ils ont été recueillis sur la plateforme pétrolière off-shore Miskar, dans le sud de la Tunisie, et les autorités tunisiennes s'efforcent de les rapatrier vers le port tunisien de Zarzis (sud-est), non loin de la frontière libyenne, selon la même source.

Selon un porte-parole de l'Organisation internationale des migrations, (OIM) en Italie, Flavio Di Giacomo, ils avaient pris la mer dimanche du port libyen de Zouara, à 150 km de Zarzis.

"Nous ne connaissons pas la nationalité des plus de 50 disparus", a-t-il précisé à l'AFP.

La Tunisie porte régulièrement secours à des migrants partis de Libye voisine ayant fait naufrage en Méditerranée centrale, l'une des routes migratoires les plus meurtrières selon les Nations unies.

L'ONU a décompté plus de 700 morts en Méditerranée entre le 1er janvier et le 17 mai 2021, contre 1.400 morts pour la totalité de 2020.

Les départs depuis la Libye se sont multipliés depuis le début de l'année.

Lundi, la marine tunisienne a secouru 113 migrants, originaires notamment du Bangladesh et du Soudan, qui étaient "sur le point de couler" au large de l'île de Djerba. Ils ont indiqué être également partis dimanche de Zouara.

Parallèlement, de nombreuses embarcations ont été interceptées par les garde-côtes libyens dans la nuit de dimanche à lundi.

Selon une porte-parole de l'OIM sur Twitter, Safa Msehli, "680 migrants ont été interceptés et ramenés en Libye" cette seule nuit. Elle a appelé à "reconsidérer" le soutien apporté par la communauté internationale aux organisations libyennes de recherche secours en mer, en raison des détentions arbitraires et abus.

Doublement des arrivées

L'ONU et les organisations de défense des droits de l'Homme appellent à cesser de ramener en Libye les migrants interceptés en mer, car ils sont soumis à des conditions de rétention déplorables.

L'Union européenne soutient depuis plusieurs années les forces libyennes qui jouent le rôle de gardes-côtes, interceptant les migrants et les incarcérant dans des centres sans réel processus légal.

Au total, entre le 9 et le 15 mai, ce sont 1.074 migrants qui ont été ramenés en Libye après avoir pris la mer depuis ce pays, selon l'OIM.

Face aux tentatives de trouver des lieux sûrs pour les demandeurs d'asile, le chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi avait réitéré la semaine passée à Lisbonne l'opposition de son pays à la mise en place sur son territoire de centres d'accueil.

La ministre italienne de l'Intérieur Luciana Lamorgese est attendue à Tunis le 20 mai avec la commissaire européenne Ylva Johansson pour discuter d'aide et de rapatriements.

La Libye, qui tente de sortir d'une décennie de conflit, reste une plaque tournante de l'immigration clandestine sur le chemin de l'Europe, où des dizaines de milliers de migrants fuyant des pays d'Afrique subsaharienne se retrouvent aux mains de trafiquants.

Au 16 mai, plus de 13.000 personnes étaient arrivées par la mer de façon irrégulière en Italie, soit le double par rapport à la même période l'an dernier, dont près de 9.000 avaient pris la mer en Libye, selon l'ONU.

Sur les trois premiers mois de l'année, les principaux groupes arrivés sont des Bangladais, Soudanais et Guinéens, selon le portail du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).