Un tribunal antiterroriste marocain a confirmé mercredi en appel la condamnation à mort de trois hommes pour l'assassinat de deux touristes scandinaves décapitées en décembre au Maroc au nom des jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Un quatrième homme a vu sa peine alourdie de la perpétuité à la peine capitale.

Le procès en appel s'est conclu mercredi avec des mots de défi des trois principaux accusés.

"Si vous nous condamnez, exécutez-nous, je vous excommunie, je ne crois ni en vos lois ni dans les droits humains", a lancé avec fierté le chef présumé de la cellule radicalisée, Abdessamad Ejjoud, aux juges de la cour d'appel de Salé, près de Rabat.

Louisa Vesterager Jespersen, une étudiante danoise de 24 ans, et son amie Maren Ueland, une Norvégienne de 28 ans, ont été sauvagement tuées en décembre 2018 alors qu'elles campaient dans des montagnes du Haut-Atlas (sud).

Un groupe de 24 hommes sont jugés en appel depuis fin août pour ce double meurtre.

Abdessamad Ejjoud a été condamné à mort en première instance en juillet, après avoir avoué son implication dans ce double meurtre, tout comme deux autres accusés, Younes Ouaziyad, 27 ans et Rachid Afatti, 33 ans.

Le parquet a demandé en appel la confirmation de ces sentences en souhaitant leur "exécution" effective, la peine capitale étant de facto théorique au Maroc du fait d'un moratoire en vigueur depuis 1993.

Sourates belliqueuses

Comme leur chef présumé, Younes Ouaziyad et Rachid Afatti ont profité de leur dernière prise de parole pour défier les juges en citant des sourates belliqueuses du Coran, suscitant un mouvement d'effroi dans la salle.

Le trio avait tourné une vidéo d'allégeance à l'EI avec un quatrième homme, Abderrahim Khayali, 33 ans, qui a pris part à l'équipée dans le Haut-Atlas mais était parti avant la tuerie.

Condamné à la perpétuité en juillet, Abderrahim Khayali a une nouvelle fois assuré mercredi qu'il n'avait pas participé au crime. Le procureur a requis en appel la peine de mort contre lui.

Les 20 autres accusés avaient été condamnés à des peines de cinq à 20 ans de prison en première instance pour "constitution de bande en vue de commettre des actes terroristes".

Mercredi, ils ont tour à tour imploré la clémence des juges en se disant innocents, certains présentant leurs condoléances aux familles des victimes.

L'un d'eux, condamné à 15 ans de prison en juillet, a invoqué la loi qui protège les témoins en assurant "avoir alerté les autorités fin 2016 sur les activités d'Ejjoud", le cerveau des opérations.

Le seul étranger du groupe, Kevin Zoller Guervos, un converti Hispano-Suisse de 25 ans, a préféré donner la parole à son avocat pour redire son innocence. Une lettre de sa mère a été lue à l'audience, exprimant sa compassion pour les mères des deux victimes et affirmant que "lui aussi est une victime, victime de sa malchance qui l'a conduit à croiser les assassins".

Certains accusés avaient reconnu en première instance adhérer à l'idéologie violente de l'EI mais sont revenus en arrière sur leurs déclarations en appel.

La mère de Louisa Vesterager Jespersen, qui s'est portée partie civile, a appelé les juges à confirmer la peine capitale contre les principaux accusés, dans une lettre lue par son avocat.

Le double meurtre a secoué le Maroc qui avait jusque là été épargné par les islamistes radicalisés depuis les attentats qui avaient fait 17 morts en 2011 à Marrakech.