Des dizaines de personnes ayant critiqué les politiques du gouvernement, y compris sur les réseaux sociaux, ont fait l'objet d'intimidations et de menaces, de passages à tabac, d'arrestations et, dans certains cas, de poursuites judiciaires, a précisé HRW dans un communiqué.

"Les avancées en matière de droits humains observées pendant la première année de mandat du président Tshisekedi (investi le 24 janvier 2019 à l'issue d'élections générales controversées) semblent rapidement se dissiper", a expliqué le chercheur principal pour la RDC chez Human Rights Watch, Thomas Fessy, cité par le communiqué.

"Tshisekedi devrait faire marche arrière et mettre un terme à cette répression croissante de la liberté d'expression et de réunion pacifique", a-t-il souligné.

HRW a interrogé 36 personnes en RDC, dont des victimes d'abus, des avocats, des défenseurs des droits humains et des activistes pro-démocratie, ainsi que des journalistes. Depuis janvier, l'organisation a documenté au moins 39 cas de menaces et de harcèlement liés à la liberté d'expression et à la liberté de la presse dans la moitié des 26 provinces du pays.

"Dans 17 de ces cas, des personnes ont été arrêtées. Deux d'entre elles sont toujours derrière les barreaux. Au moins 11 personnes ont été arrêtées pour des chefs d'accusation d'+outrage à l'autorité+, ce qui inclut des gouverneurs de province, des députés et, dans un cas, le président. Sur les 19 journalistes ayant fait l'objet de harcèlement, huit ont été arrêtés", a précisé HRW.

L'ONG cite l'exemple de Heri Kalemaza, avocat de 33 ans et porte-parole du Parti pour le Progrès (PCP) dans la province du Sud-Kivu (est), qui est détenu depuis le 4 mars pour outrage au gouverneur de la province.

HRW mentionne aussi le cas de Henri Magie, le vice-président de la ligue des jeunes du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de l'ex-président Joseph Kabila, a été arrêté le 16 mai à Kinshasa pour "outrage" au président Tshisekedi. Le 9 juillet, un tribunal l'a condamné à 18 mois de prison pour avoir, entre autres, suggéré lors d'une interview dans les médias que M. Tshisekedi n'avait pas gagné les élections de 2018.

Depuis mars, lorsque le gouvernement a interdit les rassemblements publics de plus de vingt personnes en vertu de l'état d'urgence décrété pour endiguer la propagation du Covid-19, "les forces de sécurité ont fait usage d'une force excessive et létale pour briser les manifestations et disperser les foules", dénonce HRW.

Selon l'ONG, le droit international relatif aux droits humains reconnaît que, face à une urgence de santé publique grave, les restrictions de certains droits peuvent être justifiées lorsqu'elles sont strictement nécessaires, proportionnées et non discriminatoires. "Les mesures d'urgence ne devraient donc pas permettre aux autorités d'interdire ou de réprimer les rassemblements pacifiques pour des raisons politiques sous couvert de protéger la santé", conclut-elle.