Après une matinée auprès de la commissaire européenne Cécilia Malmström (Affaires intérieures) et quelques rencontres de députés européens "de tous partis", Najat Vallaud-Belkacem s’est rendue au cabinet de Joëlle Milquet.

C’est que la ministre française des Droits des femmes partage avec la ministre belge de l’Intérieur, qui a conservé l’égalité des chances dans ses compétences, un constat. "Nos sociétés respectives s’illusionnent à propos de l’égalité hommes/femmes. Trop de monde pense qu’il s’agit de combats qui se situent derrière nous mais, dans la vie quotidienne, on est loin du compte. Loin du compte en matière de violences faites aux femmes, loin du compte en matière de parité, etc." dit la ministre française.

Concernant la parité, Najat Vallaud-Belkacem souligne d’ailleurs un des projets de directive européenne qu’elle évoqua en matinée, celui visant l’introduction d’un quota de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. "La France et la Belgique ont expérimenté ce type d’impositions légales et les deux pays ont déjà dépassé les objectifs fixés par la loi. Cela veut dire que lorsque la loi invite à faire quelque chose, l’on finit par s’y plier. Il manquerait un vivier de femmes à même d’assumer les fonctions ? Je remarque en France la création d’agences spécialisées dans la constitution de réserves de CV féminins "

Après la lutte pour l’élimination des discriminations et l’adoption de réglementations ("droit de vote, d’ouvrir un compte en banque à son nom") prenant en compte les spécificités liées à la condition de femme ("contraception, IVG"), l’actualité des droits des femmes est à l’"effectivité de ces droits", insiste la ministre française. "Tout est écrit mais la réalité est différente. L’égalité professionnelle est le meilleur exemple. Il est écrit partout que les rémunérations doivent être identiques mais ce n’est que rarement le cas", dit-elle, poursuivant avec un exemple plus fondamental encore : "Dès l’enfance, on réduit le champ de vision des petites filles en les aiguillant vers des activités plus ‘féminines’, et le plus souvent en toute bonne foi ! Plus tard, on retrouve la présence de femmes dans onze familles professionnelles sur les 87 qui existent "

La nécessité d’agir sur les mentalités étant criante, Najat Vallaud-Belkacem s’est lancée dans un processus de "conférences de l’égalité", entretiens avec chacun des ministres du gouvernement Hollande. L’objectif est de déterminer de potentielles améliorations dans la gestion des ressources humaines au sein du ministère concerné, mais aussi d’évaluer comment, en tel domaine, il serait nécessaire d’agir. "Chaque projet de loi fait l’objet d’une étude d’impact sur l’égalité homme/femme, se félicite-elle. Il s’agit de mesurer les conséquences et ‘effets secondaires’ qu’aurait telle ou telle législation."

De son entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, Najat Vallaud-Belkacem retient "une grande écoute" et "la disponibilité de la France, notamment via ses ambassadeurs, pour répondre aux femmes de la révolution arabe demanderesses d’échange afin de faire progresser l’égalité homme/femme".

Lorsque la nécessité de transcender les clivages, y compris confessionnels, est soulignée (lire ci-contre), la question d’une éventuelle couleur politique de l’égalité homme/femme se pose. "La dernière chose à faire est de la politiser", bondit Joëlle Milquet. Et la ministre française d’approuver, tout en précisant qu’il existe "une différence d’appréhension du sujet en fonction de la mise en œuvre ‘personnelle’ de cette égalité au sein des partis".