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Al-Jazira, qui a acquis sa notoriété mondiale à la faveur de sa couverture en exclusivité chez les talibans, a plié bagage mardi d’Afghanistan après l’effondrement apparent de la milice fondamentaliste.

Les correspondants de cette chaîne de télévision qatariote à Kaboul et à Kandahar, le fief des talibans, ont interrompu leur mission dans la foulée de l’avancée spectaculaire des forces de l’Alliance du Nord, qui sonne le glas du régime des talibans.

Tayssir Allouni, basé à Kaboul, a manqué à l’appel depuis lundi soir, a annoncé la rédaction d’Al-Jazira à Doha, en indiquant que son bureau dans la capitale afghane avait été touché dans la nuit de lundi à mardi dans un raid de l’aviation américaine.

Ce journaliste a fait la promotion du logo d’Al-Jazira depuis les attentats antiaméricains du 11 septembre, à la faveur de sa couverture en exclusivité dans les zones alors sous contrôle des talibans mais surtout par la diffusion des vidéocassettes préenregistrées du terroriste présumé Oussama ben Laden.

Ben Laden, déchu de sa nationalité saoudienne, est présenté par les Etats-Unis comme le principal suspect dans les attentats antiaméricains.

Al-Jazira a fait état aussi du retrait de Kandahar de son correspondant Youssef al-Chouli, qui lui assurait la couverture de l’évolution de la situation dans le fief de la milice des talibans.

«Youssef al-Chouli a fait sa dernière correspondance depuis Kandahar en milieu de journée », a déclaré à l’AFP un membre de la rédaction d’Al-Jazira.

«Il a plié bagage et il est parti », a-t-il ajouté sans donner plus de précision sur les raisons exactes de son départ, intervenu alors que des rumeurs circulaient sur l’arrivée des forces de l’opposition afghane dans la ville.

Les deux journalistes ont largement contribué à l’image de marque d’Al-Jazira, très suivie dans le monde arabe et qui a été un moment sollicitée par les médias étrangers, dont la prestigieuse CNN qui a conclu un accord de coopération pour une exploitation commune des produits d’Al-Jazira, baptisée d’ailleurs la «CNN arabe ».

Mais cette montée en flèche a aussi valu à la chaîne qatariote des récriminations en Occident.

Les Etats-Unis étaient particulièrement intervenus au plus haut niveau auprès de Doha pour faire pression sur Al-Jazira, accusée de faire de la propagande pour les talibans et ben Laden, l’homme le plus recherché au monde.

Le président du Conseil d’administration de la chaîne, cheikh Hamad Ben Thamer Al-Thani, avait alors réfuté ces accusations. «Nous ne nous laissons utiliser par personne », avait-il déclaré à l’AFP.

«Nous avons toujours été la cible d’accusations. On nous a traités de pro-irakiens, de pro-israéliens et aujourd’hui pro-talibans », avait-il ajouté.

Le refus des talibans de livrer ben Laden a été à l’origine du lancement le 7 octobre par les Etats-Unis de leur campagne de bombardements contre l’Afghanistan.

«Des avions américains ont bombardé dans la nuit les locaux d’Al-Jazira à Kaboul », répétait mardi la chaîne dans ses bulletins d’informations, se contentant d’indiquer qu’elle avait perdu le contact avec Tayssir Allouni.

Selon la chaîne, le bombardement, qui a aussi touché la maison d’un de ses employés, n’a pas fait de victime parmi les membres de son équipe à Kaboul.