Comment Joe Biden, en visite à Bruxelles, va tenter de faire de l'Europe un allié contre la Chine
D'importants dossiers économiques sont au menu de la rencontre entre le président américain et ses partenaires européens.
- Publié le 13-06-2021 à 20h14
- Mis à jour le 14-06-2021 à 11h48
L'un des grands chapitres concerne le commerce international. Selon Joe Biden, la politique étrangère américaine doit être au service de la classe moyenne, ce qui n'était pas forcément le cas auparavant. Katherine Tai, la représentante au Commerce, a d'ailleurs récemment déclaré que les accords de libre-échange bénéficiaient surtout au monde des affaires, et pas assez aux travailleurs. Cela doit changer, a-t-elle ajouté. Avec quel impact sur les relations transatlantiques ? "Le projet de traité de libre-échange entre l'Europe et les États-Unis est de toute façon abandonné, explique Laurence Nardon, directrice du programme Amérique du Nord à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Je ne vois donc pas quel impact concret pourrait avoir cette nouvelle approche commerciale américaine sur l'Europe."
Selon cette experte, le président américain tentera néanmoins de faire de l'Europe un allié contre la Chine, notamment dans le domaine du commerce international. "Les USA veulent restructurer le monde autour de leur propre rivalité avec la Chine, précise-t-elle. Joe Biden va probablement reprocher aux Européens de ne pas être assez fermes vis-à-vis de l'empire du Milieu. Les États-Unis auraient d'ailleurs renoncé à leurs sanctions contre le gazoduc NordStream 2 (NdlR : qui relie la Russie à l'Allemagne) en espérant une attitude plus ferme de l'Allemagne vis-à-vis de la Chine." Il reste à voir si ce geste américain aura l'effet escompté. En effet, certains pays européens, en particulier l'Allemagne, sont encore très dépendants économiquement de la Chine.
Selon un projet de conclusions que La Libre a pu consulter, les deux blocs devraient cependant s'engager à protéger leurs entreprises et leurs travailleurs contre les pratiques commerciales déloyales "des économies non marchandes" (NdlR : la Chine, principalement). Pour ce faire, Europe et États-Unis veulent changer les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le but est d'obliger la Chine à réellement appliquer les règles de l'OMC.
Ainsi, la création d'un "Conseil du commerce et de la technologie" est sur la table. Son but serait de favoriser le commerce entre l'Europe et les États-Unis, tout en réglant un tas de problèmes posés par le poids croissant de la technologie dans l'économie mondiale. L'un des objectifs de ce Conseil est de promouvoir une utilisation de la technologie qui soit respectueuse des droits humains : dans les domaines de l'intelligence artificielle, de l'Internet des objets… L'idée est de créer des standards communs aux deux blocs, qui pourraient ensuite s'imposer au monde entier. Un groupe de travail devrait aussi être chargé de renforcer la sécurité d'approvisionnement en matières premières critiques. L'Europe et les États-Unis souhaitent concevoir et produire des semi-conducteurs chez eux, afin de limiter leur dépendance vis-à-vis de Taïwan.
La fin du combat entre Boeing et Airbus ?
Toujours sur le plan commercial, Europe et États-Unis devraient s'engager à régler d'ici au 11 juillet le vieux différend opposant Boeing et Airbus. Le problème des surcapacités de production d'acier et d'aluminium sera aussi abordé.
Un autre dossier ultra-important concerne la fiscalité des multinationales et l'instauration d'un impôt minimum mondial. À l'issue de l'accord obtenu au G7, certaines questions demeurent. En effet, les États-Unis souhaitent que tous les pays abandonnent leurs taxes numériques unilatérales en cas d'accord global. Or l'Europe compte toujours mettre en place une taxe numérique unilatérale. Cette taxe européenne est-elle un coup de bluff pour obliger les Américains à lâcher du lest dans les négociations ? À voir…
Enfin, Europe et États-Unis devraient s'engager à trouver une solution afin de permettre le transfert de données européennes vers les USA. En effet, le dispositif légal permettant ce transfert a été invalidé par la Cour de justice de l'Union européenne.
