Pérou: Keiko Fujimori ne retourne pas en détention provisoire

Keiko Fujimori, la candidate de la droite populiste au second tour de la présidentielle au Pérou, ne retournera pas en détention provisoire dans le cadre d'une enquête pour corruption, a tranché lundi la justice péruvienne, tandis que le pays attend toujours de connaître l'issue du scrutin du 6 juin.

afp

"La demande du ministère public est déclarée non fondée (...) pour révoquer la liberté conditionnelle" de Keiko Fujimori et la "placer à nouveau en détention préventive", a estimé le juge Victor Zuñiga.

Ce dernier s'est prononcé à l'issue d'une audience de deux heures qui s'est déroulée en présence de Mme Fujimori, de son avocate et du procureur Jose Domingo Perez qui avait demandé son placement en détention provisoire.

M. Pérez avait réclamé le 10 juin que la liberté conditionnelle dont jouit la candidate soit "révoquée". Il lui reprochait d'avoir rencontré un témoin dans une affaire de blanchiment d'argent et de financement illicite de ses campagnes présidentielles passées.

La dirigeante du parti Fuerza popular a déjà passé 16 mois en détention provisoire dans cette affaire de présumés pots-de-vin reçus de la société de BTP brésilienne Odebrecht pendant ses campagnes de 2011 et 2016, des accusations qu'elle rejette.

Keiko Fujimori "enfreint systématiquement les règles de conduite consistant à ne pas communiquer avec les témoins", a plaidé à l'audience M. Pérez, qui a qualifié l'attitude de la candidate de "provocatrice".

Initialement prévue en virtuel en raison de la pandémie de coronavirus, l'audience a finalement eu lieu en présentiel après une demande de la défense, acceptée par le juge.

Le procureur Pérez s'était opposé à cette requête, estimant que la défense de la candidate souhaitait politiser l'audience en plein contexte électoral. Plusieurs dizaines de partisans de Mme Fujimori s'étaient rassemblés devant le tribunal.

Examen des recours 

La demande du procureur était intervenue quatre jours à peine après le deuxième tour de l'élection présidentielle au Pérou dont les résultats définitifs ne sont toujours pas connus, plus de deux semaines après le vote.

Après le dépouillement de 100% des bulletins, le candidat de la gauche radicale, Pedro Castillo, un instituteur et syndicaliste de 51 ans, est en tête du deuxième tour avec 50,12% des suffrages, soit une avance d'environ 44.000 voix.

Mais le Jury national électoral (JNE), qui doit proclamer les résultats, étudie encore les recours déposés par les candidats.

La fille de l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), qui purge lui-même une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l'humanité, a multiplié les accusations de "fraudes" contre son adversaire. Elle a demandé l'invalidation de plusieurs dizaines de milliers de suffrages.

A l'issue du vote, la mission d'observation électorale de l'Organisation des Etats américains (OEA) avait toutefois qualifié le scrutin de "positif", sans "graves irrégularités".

Keiko Fujimori, 46 ans, a pu se présenter à l'élection malgré l'instruction en cours. Libérée de prison en mai 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, elle a toutefois interdiction de voyager hors du Pérou ou de communiquer avec des coaccusés ou des témoins dans cette affaire.

Au terme de 28 mois d'enquête, le procureur Pérez a inculpé dans cette affaire 41 autres personnes pour des délits présumés de "crime organisé, blanchiment d'argent, entrave à la justice et fausse déclaration".

Le bureau du procureur a notamment obtenu fin 2019 l'aveu d'un ancien cadre d'Odebrecht, Luiz Eduardo da Rocha Soares, portant sur un dessous de table d'un million de dollars pour payer la campagne de Fuerza popular en 2011.

Si elle échoue une troisième fois au second tour de la présidentielle, Keiko Fujimori sera jugée dans le cadre de cette affaire pour laquelle le parquet a requis contre elle fin mars trente ans de prison.

En cas de victoire, l'héritière du fujimorisme, ce mélange de populisme autoritaire, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique, bénéficiera de l'immunité présidentielle pour au moins cinq ans.

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