Les Cubains manifestent dans plusieurs villes du pays contre "la misère" économique

Peu courantes, les protestations de dimanche dernier attirent l’attention.

Manifestation, dimanche, à Arroyo Naranjo (La Havane). Les protestataires ont crié leur colère face à “la misère”, puis face au régime castriste.
© AFP

Ils n’étaient pas très nombreux mais ils ont attiré l’attention : plusieurs milliers de manifestants ont protesté, dimanche dernier, dans plusieurs villes de Cuba ; certains contre la crise économique en cours, d’autres contre le régime. Peu courantes dans cet État aux libertés limitées, ces protestations ont attiré l’attention dans des proportions dépassant largement le nombre de manifestants.

Protestation contre la "misère"

Le mouvement semble avoir commencé par une protestation contre "la misère" à San Antonio de los Baños, où des magasins d’État ont été pillés. La retransmission des images de ces manifestations par les réseaux sociaux - qui n’est possible que depuis moins de deux ans dans l’île castriste - a inspiré d’autres Cubains en colère contre la crise économique, dans plus d’une dizaine de villes. Selon l’AFP, cependant, une partie des images ainsi retransmises étaient de l’intox, n’ayant pas été tournées à Cuba.

Reste que les Cubains ont des raisons bien réelles d’être en colère.

Embargo et pandémie

L’île de 11,5 millions d’habitants est en butte depuis 1962 à un sévère embargo économique et financier de la part des États-Unis, encore renforcé par des sanctions contre des entreprises de pays tiers faisant affaire avec des Cubains. Longtemps l’URSS a soutenu à bout de bras l’économie cubaine. Quand le système soviétique s’est effondré, dans les années 1990, La Havane a développé les co-entreprises touristiques avec des sociétés européennes.

Or, la pandémie de Covid a coupé les jambes de ce secteur qui rapportait des devises permettant de contourner un peu l’embargo. Non en raison du nombre de cas sur l’île - 1600 morts depuis mars 2020, grâce à un système de santé souvent félicité par les Nations unies - mais en raison de l’arrêt brutal des voyages touristiques, principale raison de la chute de 11 % du PIB en 2020.

En outre, la production sucrière de l’île, qui lui fournit des devises, a été diminuée par une mauvaise saison climatique et par le manque de pièces de rechange des machines en raison de la pénurie de devises.

Et cela alors que Donald Trump, durant quatre ans, a multiplié les sanctions nouvelles à l’égard du régime castriste, sanctions qui sont aujourd’hui au nombre de… 280 !

Depuis son arrivée au pouvoir, en janvier dernier, le Démocrate Joe Biden n’a pris aucune mesure pour les lever - bien qu’il ait été le vice-Président de Barack Obama qui, avec Raul Castro, avait opéré un rapprochement entre les deux pays à partir de décembre 2014.

Pénuries

Depuis ce 1er janvier, les autorités de La Havane ont donc dû adopter une série de mesures pour faire face à la pénurie de devises qui les frappe, tout en allégeant la protection sociale de ses citoyens qui était une des marques de fabrique du régime.

Les Cubains sont donc frappés par une hausse des prix, des pénuries d’aliments, de courant électrique et de médicaments. L’accentuation de l’ouverture au libéralisme économique ne permet pas de compenser l’absence de devises.

Dimanche, les autorités ont réprimé manifestants et pillards à coups de matraques et de gaz lacrymogène et coupé Internet, tandis que le président Miguel Diaz Canel appelait les partisans de la révolution castriste à descendre eux aussi "dans la rue". Lundi, on a appris qu’elles avaient aussi procédé à des dizaines d’arrestations ; Amnesty International en évoque "115".

Le président Diaz Canel a mis les États-Unis en cause : "Que cherchent-ils ? Provoquer des troubles sociaux", mais aussi "le fameux changement de régime", a-t-il dénoncé.

Internationalisation

Alors que Joe Biden demandait à La Havane d’"écouter" sa population et mettait les autorités castristes en garde contre toute répression de "l’appel vibrant à la liberté" des Cubains, Mexico, de son côté, a rejeté tout "interventionnisme" à Cuba et Buenos Aires a demandé la levée de l’embargo "inhumain" imposé par les États-Unis à Cuba, soulignant qu’il ne faisait "pas souffrir le gouvernement mais la société".

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