Venezuela: une véritable "guerre" entre police et gangs durant trois jours à Caracas

On déplore plusieurs dizaines de morts. Les autorités ont capturé 33 délinquants, "dont trois paramilitaires colombiens".

Venezuela: une véritable "guerre" entre police et gangs durant trois jours à Caracas
©AFP

Plusieurs témoins utilisent le mot "guerre" pour décrire les affrontements, durant trois jours, la semaine dernière, entre forces de l’ordre et gangs dans des quartiers populaires en périphérie de Caracas, la capitale du Venezuela.

Durant le week-end, la ministre de l’Intérieur, Carmen Melendez, a annoncé que 4 policiers et 22 délinquants avaient été tués, sans compter des civils victimes de balles perdues. Selon une journaliste locale, ces derniers sont "au moins douze". On déplore aussi une quarantaine de blessés. La ministre a indiqué que 33 membres de gangs avaient été arrêtés, "dont trois paramilitaires colombiens". Quelque 3 000 membres des forces de l’ordre ont participé à l’opération.

Contrôle de territoires

Il s’agissait de reprendre à des bandes armées de délinquants le contrôle de territoires dans des quartiers populaires qui entourent la capitale vénézuélienne - où ils pratiquent trafic de drogue, vol de voitures, rapts - et dominent les accès à la ville et à son aéroport.

Depuis 2015, les autorités vénézuéliennes ont lancé une politique de "zones de paix" dans les quartiers populeux de la capitale : en échange d’une baisse notable du nombre de crimes, la police n’entrait plus dans les territoires revendiqués par les principales bandes. La même année, cependant, cette politique fut battue en brèche par une opération policière. Des sources affirment que "certains fonctionnaires" l’ont poursuivie. De facto, il semble que depuis 2017 la police n’entrait plus dans ces zones, ce qui aurait permis aux gangs d’y accumuler un arsenal comprenant des armes de guerre.

Unification des gangs

À la même époque, un chef mafieux a lancé une politique d’unification des gangs, poursuivie après sa mort par son bras droit, "El Koki", 45 ans aujourd’hui. Ce dernier est devenu le plus puissant chef de gang de Caracas et a étendu son territoire de la Cota 905 vers les quartiers El Cementerio et El Valle, en s’entendant avec ses homologues "El Vampi" et "El Galvis", et en conquérant d’autres zones, libres de mafia ou sous le contrôle de bandes plus petites. En janvier, il s’est ainsi étendu à La Vega ; une opération policière pour l’en déloger a fait 23 morts en février.

De nouveaux affrontements ont commencé mercredi dernier. Jeudi, "El Koki" a attaqué (il aurait 200 hommes) le siège de la Garde bolivarienne à El Paraiso. Le même jour, la police promettait une récompense d’un demi-million de dollars pour ceux qui permettraient l’arrestation d’un des trois chefs mafieux. En vain : ils ont réussi à fuir - ce qui n’empêche pas les autorités de célébrer le "succès" de leur opération.

Celle-ci a permis la saisie d’armes, dont des lance-grenades et des fusils d’assaut, 24 000 munitions et 20 kg de cocaïne.Marie-France Cros

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