Haïti à nouveau meurtri: au moins 700 morts et 2.800 blessés dans un puissant séisme

Très vulnérable aux catastrophes naturelles, le territoire haïtien a subi un très important tremblement de terre ce week-end. Des ouragans pourraient entraver les secours. Haïti, déjà en proie à une profonde crise socio-politique, voit son avenir s’assombrir un peu plus.

Des personnes récupèrent le corps de Jean Gabriel Fortune, ancien maire des Cayes, dans les décombres de l’hôtel Le Manguier détruit par le séisme, d’une magnitude de 7,2.
© AP
F.M. (d’après AFP)

Haïti, en proie depuis des années à des troubles civils importants, avait constaté la montée en puissance de gangs, de groupes armés violents, suite à l’assassinat du président Jovenel Moïse début juillet. Mais le pays est aussi très vulnérable aux catastrophes naturelles. La saison des tempêtes tropicales et autres ouragans bat son plein, mais c’est un très violent tremblement de terre qui aura finalement le plus meurtri le territoire haïtien cet été. Ce samedi dans la matinée, le pays a été frappé par un séisme de magnitude 7,2, qui a fait au moins 700 morts et plus de 2 800 blessés dans le sud-ouest de l’île, ravivant ainsi les terribles souvenirs du grand tremblement de terre de 2010. Le séisme s’est produit à 12 km de la ville de Saint-Louis-du-Sud, située à quelque 160 km de la capitale haïtienne Port-au-Prince, selon les données de l’Institut américain de géophysique (USGS). De nombreux bâtiments se sont effondrés lors de la puissante secousse qui a piégé des centaines d’habitants sous des dalles de béton.

La guerre des gangs

La solidarité s'est rapidement mise en place, les habitants se mobilisant pour secourir des victimes blessées dans l'effondrement des édifices. "Les premières interventions, menées tant par les sauveteurs professionnels que par des membres de la population ont permis d'extraire de nombreuses personnes des décombres", soulignaient ainsi les services de la protection civile, dont les bilans s'alourdissaient d'heure en heure. Plus de 1 800 personnes ont en effet été blessées lors du séisme et les rares hôpitaux existant dans les régions affectées, qui peinent déjà à fournir les soins d'urgence, étaient débordés.

Le chef actuel du gouvernement, Ariel Henry, qui a survolé en hélicoptère les zones les plus affectées samedi, a annoncé que l'état d'urgence avait été déclaré pour un mois sur les quatre départements touchés par la catastrophe. Du personnel et des médicaments ont été acheminés par le ministère de la Santé vers la péninsule sud-ouest, mais la logistique d'urgence est mise en péril par l'insécurité qui mine Haïti depuis des mois. Sur un peu plus de deux kilomètres, l'unique route reliant la capitale à la moitié sud du pays traverse le quartier pauvre de Martissant sous contrôle des gangs armés depuis début juin, empêchant la libre circulation. "Il faut que toute l'aide puisse passer", a déclaré le Premier ministre Ariel Henry samedi soir. Les besoins sont gigantesques…

Des secours potentiellement entravés

À l'international, les propositions d'aides se multipliaient également. Le président américain Joe Biden a ainsi offert samedi l'assistance "immédiate" des États-Unis. Il a chargé la directrice de l'agence américaine d'aide internationale (USAID), Samantha Powers, de coordonner cet effort. De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a assuré "suivre les derniers développements de la tragédie en Haïti". "Les Nations unies travaillent pour soutenir les besoins d'urgence", a-t-il tweeté. La République dominicaine, voisine de Haïti sur la même île, a annoncé l'envoi de 10 000 rations d'urgence et des équipements médicaux. Le Mexique, le Pérou, l'Argentine, le Chili et le Venezuela ont également proposé leur aide, tout comme l'Équateur qui dépêche une équipe de 34 sapeurs pompiers pour participer aux recherches. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a aussi assuré les Haïtiens qu'ils pouvaient "compter sur l'aide de l'Espagne". Les 253 médecins cubains présents dans le pays pour coopérer dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 adaptaient un hôpital de Port-au-Prince pour recevoir des blessés. La Belgique y est aussi allée de son message de soutien.

Les efforts des secours, qu’ils soient locaux ou internationaux, pourraient cependant se voir entravés à l’approche de la tempête tropicale Grace, avec un risque de pluies torrentielles et d’inondations rapides, selon le service national météorologique des États-Unis.

Les stigmates de 2010

Le pays le plus pauvre des Amériques garde encore en mémoire le séisme du 12 janvier 2010 qui avait ravagé la capitale et plusieurs villes de province. Plus de 200 000 personnes avaient été tuées et plus de 300 000 autres avaient été blessées lors de la catastrophe. Plus d’un million et demi d’Haïtiens s’étaient retrouvés sans logis, plaçant les autorités et la communauté humanitaire internationale devant le colossal défi d’une reconstruction dans un pays sans cadastre ni règles d’urbanisme. Depuis lors, le pays voyait la crise socio-politique devenir de plus en plus aiguë. Le tremblement de terre de ce week-end ne va rien arranger…

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