Après le séisme, les Haïtiens affrontent la tempête

Le bilan humain et matériel s’alourdit. L’acheminement de l’aide d’urgence est toujours ralenti. La communauté internationale se mobilise.

Le temps est compté pour sauver les Haïtiens, encore pris au piège des décombres, alors que la tempête tropicale Grace se rapprochait dangereusement de l’île, lundi.
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P.M. (st. ) avec AFP

Chaque heure défilant alourdit un peu plus le bilan meurtrier du séisme qui a frappé Haïti samedi 14 août. Les départements du Sud, de Grand’Anse et de Nippes, situés au sud-ouest du pays et qui forment la péninsule de Tiburon, ont été les plus durement meurtris par les secousses

Le nombre officiel de décès est désormais de 1419, auquel il faut ajouter 6900 blessés selon le dernier communiqué des services de la protection civile du pays, publié le 15 août au soir. En outre, le bilan risque de s’accroître dans les prochains jours compte tenu du nombre de personnes toujours bloquées sous les décombres.

Pour Marcel François, habitant aux Cayes, chef-lieu du département du Sud et troisième ville du pays, le calvaire s'achève. Cet homme de 30 ans, enseveli sous les gravats de sa maison, doit sa vie à son téléphone. "J'ai pu dire aux gens dehors où j'étais localisé." Son frère Job François raconte : "J'ai réussi à joindre Marcel au téléphone mais il m'a dit : 'Viens me sauver, je suis sous le béton'." Pendant trois heures, avec l'aide des voisins, et par la seule force des bras, ils parviendront à sortir Marcel qui sera immédiatement transporté à l'hôpital des Cayes. Sa fille de 10 mois, elle aussi coincée sous les décombres, ne tardera pas à le rejoindre à la lumière du soleil.

Le secteur hospitalier débordé

La situation du secteur hospitalier est plus que critique. Les rares hôpitaux de la région ne parviennent pas à faire face à l'afflux des blessés. Dans le service d'urgence de l'hôpital des Cayes, ils s'entassent à même le sol. "Au moment du séisme, nous n'étions que trois médecins dans le service", témoigne l'urgentiste Michelet Paurus. Rudolphe Steven Jacques, médecin venu en renfort depuis Port-au-Prince, abonde : "Le manque de matériel est chronique, en fonction des arrivages. Voyez, cette femme attend depuis un moment que je lui fasse une suture, mais je n'ai pas de plateau pour cela pour le moment." Néanmoins, le Dr Paurus se veut rassurant : "On a reçu des orthopédistes, des chirurgiens et aussi 42 résidents qui se répartissent dans tous les hôpitaux du département."

Malgré l’acheminement de personnel médical et des médicaments, par le ministère de la Santé, vers les zones sinistrées, la logistique d’urgence est toujours largement entravée par l’insécurité endémique qui gangrène Haïti. Depuis la capitale, l’unique route qui dessert la moitié sud du pays traverse le tristement célèbre quartier de Martissant. Cela fait plusieurs mois qu’il est en proie à de violents affrontements entre gangs rivaux. Le passage de l’aide d’urgence est soumis à leur autorité. Le directeur de la Protection civile haïtienne, Jerry Chandler, a fait savoir que les autorités publiques négociaient un "corridor sanitaire" dans ce quartier. En attendant, l’aide est envoyée principalement par les voies maritime et aérienne.

Le Premier ministre d'Haïti, Ariel Henry, a pour sa part exhorté ses concitoyens à "l'unité nationale" et exige que "toutes les aides venant de l'extérieur doivent être coordonnées par la direction de la Protection civile".

Mobilisation internationale

La communauté internationale poursuit l'envoi de l'aide d'urgence afin de porter secours aux blessés ainsi qu'aux sans-abri. Environ 30 000 habitations ont été détruites par le séisme. Pour sa part, l'armée américaine a annoncé, lundi 16 août, la mise en place d'une mission militaire conjointe. Une équipe d'observation a déjà été déployée pour évaluer la situation dans les zones affectées. En outre, quatre hélicoptères ont été mobilisés pour le transport de l'aide d'urgence. La situation est suivie de près par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, ainsi que par le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). "Aujourd'hui et dans les jours à venir, l'Unicef travaillera en étroite collaboration avec ses partenaires pour atteindre les enfants et les familles touchés", a déclaré sa directrice générale, Henrietta Fore. Actuellement, les équipes déjà présentes sur place recensent, évaluent et hiérarchisent les besoins des populations.

Les opérations de secours menacées

Toutefois, une catastrophe survenant rarement seule, les opérations de sauvetage sont susceptibles d’être entravées par la tempête tropicale Grace. Selon l’Unité hydrométéorologique d’Haïti, de fortes précipitations et des vents violents étaient attendus dans la nuit du lundi 16 au mardi 17 août.

Dans la journée de lundi, l’incertitude prédominait, sachant que la tempête pouvait encore dégrader la situation, plus que précaire, des sinistrés haïtiens.

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