Un violeur en jupe et la "bataille des toilettes" est relancée en Amérique

Une collégienne américaine violée dans les toilettes de son école en Virginie: jamais ce crime sordide n'aurait quitté la colonne des banals faits divers si son auteur, un adolescent de 14 ans, n'avait, selon le père de la victime, porté une jupe ce jour-là.

Un violeur en jupe et la "bataille des toilettes" est relancée en Amérique
©Shutterstock
AFP

L'agression, remontant à fin mai, a d'abord soulevé une mini-tornade politique dans un comté local. Puis elle a déclenché une tempête dépassant les frontières de cet Etat polarisé, où une élection mardi servira de jauge nationale de la popularité de Joe Biden.

Le viol --avéré, une juge des mineurs ayant reconnu coupable l'adolescent cette semaine-- a en effet relancé une question qui agite le pays depuis des années: dans quels W.-C. peuvent aller les personnes transgenres ?

Camps retranchés

Dans cet affrontement idéologique, sur un sujet qui ne concerne qu'une infime partie des Américains, deux camps s'opposent: d'un côté, les conservateurs républicains entendent obliger ces personnes à utiliser les toilettes correspondant à leur sexe de naissance.

De l'autre, les démocrates progressistes veulent leur permettre d'aller dans les vestiaires et W.-C. correspondant à l'identité sexuelle à laquelle elles s'identifient.

Les premiers utilisent l'argument massue d'un soi-disant danger posé par "un homme dans les toilettes des femmes".

Les seconds, statistiques à l'appui, dénoncent une psychose artificielle visant des personnes inoffensives et souvent fragiles.

C'est dire l'émotion suscitée par le viol commis le 28 mai au lycée Stone Bridge de la ville d'Ashburn, lorsque Scott Smith, le père de la collégienne victime, a rapporté que l'agresseur portait une jupe et s'identifiait comme "gender fluid", c'est-à-dire ayant une identité sexuelle non fixée.

A l'époque des faits, les autorités scolaires de Loudoun, un comté dont la majorité démocrate s'est renforcée ces dernières années, débattaient d'une loi permettant aux élèves transgenres de choisir le pronom ou les toilettes correspondant à leur identité de genre. Cette loi fut seulement adoptée en août.

Mais M. Smith, irrité par ces discussions, a tenté d'interpeller les autorités éducatives du comté, à une réunion publique le 22 juin. Il s'est retrouvé plaqué au sol par des policiers. Une vidéo de l'interpellation est devenue virale.

Lors de cette session, le président du conseil, Scott Ziegler, a affirmé n'avoir connaissance d'aucune agression commise par un élève transgenre dans le comté. Le concept de "l'élève transgenre prédateur (sexuel) est tout simplement une vue de l'esprit", a-t-il soutenu.

"Radicalisme pro-transgenre"

Ces propos rassurants ont exaspéré les conservateurs de Virginie et les choses se sont corsées pour M. Ziegler quand les habitants ont appris que l'auteur du viol, transféré dans un autre lycée, y avait commis une nouvelle agression le 6 octobre.

La controverse a encore changé de dimension quand Glenn Youngkin, le républicain faisant campagne pour gouverner la Virginie, s'est emparé du sujet, flairant une bonne occasion de reconquérir les électeurs des classes éduquées ayant pris leurs distances avec Donald Trump.

L'homme d'affaires de 54 ans a ciblé ses attaques sur les autorités scolaires "gauchistes" de Loudoun. Il a ainsi rencontré un écho favorable chez des millions de conservateurs de Virginie et d'autres Etats, hérissés par ce qu'ils nomment le "radicalisme pro-transgenre".

M. Youngkin a notamment exigé la réintégration d'un instituteur limogé pour avoir refusé d'appliquer la politique de changement de pronoms pour les élèves transgenres.

Les démocrates, et leur candidat Terry McAuliffe, qui redoutent une défaite en Virginie assimilable à un camouflet national, se sont retrouvés sur la défensive.

Comptant bien conserver le poste de gouverneur de cet Etat de 8 millions d'habitants, ils ont appelé à la rescousse Barack Obama, le plus populaire des démocrates.

Dans un meeting samedi, l'ancien président a dénoncé "une guerre culturelle hypocrite, inventée de toutes pièces".

Le professeur de sciences politiques Larry Sabato trouve lui "très surprenant que cette affaire si locale soit devenue un combustible important d'une campagne au niveau de l'Etat".

"Mais c'est ainsi que l'a voulu Youngkin", explique à l'AFP cet expert de l'Université de Virginie. "La question mobilise surtout les électeurs du Grand Old Party et pourrait doper leur participation".