"On dirait qu'il y a eu une discrimination intentionnelle" : un seul Afro-Américain sur les 12 jurés choisis pour le procès du meurtre d'un joggeur noir

Le jury sélectionné pour juger trois hommes blancs accusés du meurtre du joggeur noir Ahmaud Arbery était vivement contesté jeudi aux Etats-Unis, les Afro-Américains ayant tous, à une seule exception, été écartés du panel de 12 titulaires et quatre suppléants.

"On dirait qu'il y a eu une discrimination intentionnelle" : un seul Afro-Américain sur les 12 jurés choisis pour le procès du meurtre d'un joggeur noir
©AFP

"C'est scandaleux", a commenté dans un communiqué l'avocat Ben Crump, spécialiste des dossiers de violences contre les Afro-Américains, en dénonçant "un effort cynique destiné à aider des tueurs à échapper à la justice".

"C'est très difficile pour la famille qui veut juste avoir un procès équitable sans biais racial, mais cela fait partie de notre système", a déclaré aux médias locaux l'avocat Lee Merritt qui défend la mère d'Ahmaud Arbery. Celle-ci, Wanda Cooper-Jones, s'est dite "choquée".

Le 23 février 2020, Ahmaud Arbery, 25 ans, faisait un jogging à Brunswick, en Géorgie dans le sud-est des Etats-Unis, quand il avait été pris en chasse par trois hommes blancs, Gregory McMichael, 65 ans, son fils Travis, 35 ans et un de leur voisin, William Bryan, 52 ans.

Après une altercation, le jeune McMichael avait ouvert le feu et tué le joggeur. Les trois hommes avaient ensuite assuré l'avoir pris pour un cambrioleur et avaient invoqué une loi de l'Etat de Géorgie autorisant de simples citoyens à procéder à des arrestations.

Pendant près de trois mois, les services du procureur local, pour qui Gregory McMichael, un policier à la retraite, avait longtemps travaillé, n'avaient procédé à aucune interpellation. Il avait fallu la diffusion de la vidéo du drame, début mai 2020, pour que les trois hommes soient interpellés et inculpés pour "meurtre".

Le 18 octobre, un millier de jurés potentiels avaient été convoqués par le tribunal de Brunswick qui doit juger cette affaire emblématique du mouvement Black Lives Matter (les vies noires comptent).

Après deux semaines et demie d'interrogatoires serrés, 64 candidats, dont une douzaine d'Afro-Américains, avaient été pré-sélectionnés, reflétant la composition raciale du comté, où un quart de la population est noire.

Mercredi, les avocats des accusés ont toutefois fait usage de leur droit de récusation pour écarter du jury toutes les personnes noires, sauf une.

Aux Etats-Unis, il est interdit d'écarter un juré uniquement sur la base de son appartenance à un groupe ethnique et la procureure a demandé au juge d'invalider la manoeuvre.

Le magistrat, Timothy Walmsley, a refusé. "On dirait qu'il y a eu une discrimination intentionnelle", a-t-il reconnu. Mais les avocats de la défense "ont pu expliquer à la Cour pourquoi, indépendamment de la question raciale, ils avaient récusé ces jurés".

Le procès doit entrer dans le vif vendredi avec la présentation des arguments des parties et durer plusieurs semaines.

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