Confrontés à une invasion de rats et de moisissures, des étudiants d'une université historiquement noire ont fini par obtenir gain de cause

Selon eux, leur université, historiquement noire, est sous-financée.

Confrontés à une invasion de rats et de moisissures, des étudiants d'une université historiquement noire ont fini par obtenir gain de cause
©google maps

"Nous avons gagné", ont jubilé les étudiants de l'Université de Howard, implantée à Washington D.C. Cela faisait 34 jours que des dizaines de jeunes militants dormaient dans des tentes dans un bâtiment de l'université afin de protester contre leurs conditions de vie dans les logements étudiants.

Beaucoup d'entre eux se plaignaient de toux, de maux de tête et de nez bouché après avoir découvert de la moisissure dans les murs de leur résidence. Certains ont même dû faire face à des inondations et des invasions de cafards ou de souris.

"C'est un campus vieillissant", avait reconnu le président de l'Université, Wayne A.I. Frederick durant son discours d'ouverture à la rentrée.

Après plus d'un mois de manifestation, l'administration de l'université a fini par plier et un accord a pu être conclu lundi. Si les termes n'ont pas été révélés, selon le Washington Post, une équipe de nettoyage se prépare à intervenir dans les résidences universitaires. Plus de 4.500 personnes avaient en outre signé une pétition demandant à l'université d'annuler son contrat avec Corvias Inc., la société qui entretient et exploite les bâtiments sur le campus.

Un problème de financement des universités "traditionnellement noires"

Souvent surnommée la "Harvard noire", l'Université d'Howard était l'une des plus prestigieuses réservées aux Afro-Américains durant la ségrégation. Elle fait donc partie des campus HBCU, c'est-à-dire des établissements "traditionnellement noirs". Or, selon les étudiants, il y a beaucoup de bâtiments en ruine parmi les campus HBCU, pour la simple et bonne raison qu'ils brassent moins d'argent que les institutions à prédominance blanche. Selon le Government Accountability Office, les HBCU bénéficient d'une dotation moyenne de 15.000 dollars par étudiant, contre 410.000 dollars par étudiant pour les autres établissements. Par ailleurs, selon la Brookings Institution, les HBCU sont largement sous-financés en raison du sous-investissement de l'État, de la baisse des dotations et de la baisse des contributions des anciens élèves en raison de la baisse des revenus des personnes noires.

"Nous sommes confrontés à une mauvaise allocation des fonds", a déclaré le président du conseil des droits civiques de l'Université d'Howard. "Mais nous sommes également confrontés à un problème qui montre que les HBCU ont besoin de financements."

Preuve que l'Université d'Howard n'était pas la seule concernée, les manifestants ont reçu le soutien d'autres universités "historiquement noires", comme la Clark Atlanta University, le Morehouse College, et le Spelman College. Ainsi que de militants des droits civiques.

Conscient du manque de financements de ces établissements, Joe Biden a prévu un plan - nommé Build Back Better Act - dans lequel il prévoit une manne de 2 milliards de dollars pour les programmes éducatifs et les infrastructures des HBCU. Selon la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, le texte devrait être voté d'ici Thanksgiving. Il passera ensuite par le Sénat.