Deux hommes condamnés pour le meurtre de Malcolm X vont être innocentés

Plus de 50 ans après l'assassinat à New York de Malcolm X, figure de la lutte pour la cause noire, le procureur de Manhattan veut innocenter deux des trois hommes condamnés pour le meurtre, un rebondissement judiciaire majeur qui ravive une cicatrice de l'histoire américaine.

Photo non datée de Malcolm X (C), le leader de l'Organisation pour l'unité afro-américaine.
Photo non datée de Malcolm X (C), le leader de l'Organisation pour l'unité afro-américaine. ©BELGA/AFP

"Ces hommes n'ont pas eu droit à la justice qu'ils méritaient (...). Ce que nous pouvons faire, c'est reconnaître cette erreur, la gravité de cette erreur", a déclaré le procureur Cyrus Vance dans le New York Times.

Aux côtés de leurs avocats et d'une association luttant contre les erreurs judiciaires, The Innocence Project, le procureur déposera jeudi devant la Cour suprême de New York un dossier conjoint pour obtenir l'annulation des condamnations en 1966 de ces deux anciens activistes: Muhammad Aziz, alias Norman 3X Butler à l'époque, et Khalil Islam, alias Thomas 15X Johnson, décédé en 2009.

D'après une source proche du dossier, il appartient à la Cour suprême de valider la demande.

"Tout cela n'aurait jamais dû arriver. Ces faits étaient et sont la conséquence d'un processus corrompu jusqu'à la moelle, qui reste trop familier, même en 2021", a réagi Muhammad Aziz, sorti de prison en 1985 et aujourd'hui âgé de 83 ans, dans une déclaration transmise par ses avocats. Il a toujours clamé son innocence.

Alibi

Muhammad Aziz et Khalil Islam, condamnés à l'époque avec un troisième homme, Thomas Hagan, qui avait reconnu sa participation à l'assassinat, étaient membres de "Nation of Islam", le mouvement dont Malcolm X avait été une figure mais dont il s'était éloigné, sur fond de tensions de plus en plus fortes.

L'activiste était tombé sous les balles de plusieurs tireurs le 21 février 1965, lors d'un discours à l'Audubon Ballroom, une salle de spectacle de Harlem.

Même s'il était une personnalité controversée, son meurtre avait secoué les Etats-Unis, symbolisant les tensions politiques et sociales du pays dans les années 60, marquées aussi par l'assassinat du président Kennedy en 1963 et d'une figure encore plus grande de la défense des droits civiques, Martin Luther King, en 1968.

"L'enquête de 22 mois menée de manière conjointe par le bureau du procureur et les avocats des deux hommes révèle que les procureurs", le FBI et la police de New York "ont dissimulé des preuves cruciales qui, si elles avaient été connues, auraient probablement conduit à l'acquittement des deux hommes", écrit le New York Times.

Dans le détail, le quotidien new-yorkais fait état d'"un grand nombre de documents du FBI impliquant d'autres suspects", de "notes des procureurs montrant qu'ils ont omis de divulguer la présence d'agents infiltrés dans la salle au moment de la fusillade". Selon le New York Times, un témoin toujours vivant a aussi confirmé aux enquêteurs de l'équipe Vance l'alibi de Muhammad Aziz, qui assurait être chez lui au moment du meurtre.

"Erreur judiciaire"

"L'assassinat de Malcolm X est un événement historique qui exigeait une enquête scrupuleuse mais qui a donné lieu à l'une des erreurs judiciaires les plus flagrantes jamais vues", a commenté Barry Scheck, le directeur de The Innocence Project.

En février 2020, après la diffusion d'un documentaire sur Netflix ("Who Killed Malcolm X?"), soulevant à nouveau des doutes sur la culpabilité de Muhammad Aziz et Khalil Islam, Cyrus Vance avait demandé à ses équipes un réexamen du dossier.

Ce rebondissement judiciaire risque de renforcer la thèse du rôle trouble joué par le FBI et la police de New York à l'époque. En février 2021, une lettre posthume et accusatrice d'un policier avait été dévoilée et les filles de Malcolm X avaient déjà demandé la réouverture de l'enquête.

Le policier affirmait s'être rapproché, à la demande de sa hiérarchie, de l'entourage de Malcolm X et avoir piégé deux de ses gardes du corps, arrêtés quelques jours seulement avant l'assassinat, pour affaiblir la sécurité autour du leader noir.