Ghislaine Maxwell reconnue coupable de "trafic sexuel de mineurs"

Accusée de livrer des mineurs à son ex-compagnon Jeffrey Epstein.

Ghislaine Maxwell reconnue coupable de "trafic sexuel de mineurs"
©AFP
Julien Gester, correspondant à New York

Comme souvent, le couperet de la mise à jour Wikipedia est tombé quelques minutes à peine après le verdict enfin rendu public mercredi soir : "Ghislaine Noelle Marion Maxwell, née le 25 décembre 1961 à Maisons-Laffitte (France), est une femme mondaine, femme d’affaires et criminelle sexuelle franco-américano-britannique." Elle avait aussi été la compagne, la confidente et l’associée de Jeffrey Epstein, homme d’affaires accusé par des dizaines de femmes - souvent adolescentes au moment des faits - de viols, d’abus et d’esclavage sexuel. Des méfaits auxquels il aurait, selon les témoignages, associé un vaste réseau de puissants de ce monde, ce qui conduisit des figures telles que Bill Gates, Donald Trump ou Bill Clinton à devoir nier fermement toute complicité ou complaisance vis-à-vis des abus de leur ex-camarade, perpétrés sur des décennies.

Epstein a longtemps échappé à la justice, y compris lors d’une première affaire trouble en 2008, dont il put s’extirper à la faveur d’un accord devenu très controversé. Et il se sera soustrait jusqu’au bout aux tribunaux, pour s’être suicidé, selon le rapport médical, dans sa cellule juste un mois après son arrestation, lorsque le scandale a éclaté, à l’été 2019.

Île privée aux Caraïbes

Arrêtée un an plus tard, et donc placée en première ligne des investigations, Ghislaine Maxwell était jugée depuis un mois à New York. Mercredi soir, elle a été reconnue coupable de cinq des six chefs d’accusation qui pesaient contre elle, dont celui de "trafic sexuel de mineurs". Sa peine devrait s’élever à plusieurs dizaines d’années de prison - jusqu’à soixante-cinq ans. Ses avocats ont aussitôt annoncé leur intention de faire appel.

Malgré les ramifications tentaculaires que laissent supposer les accusations rendues publiques ces dernières années, les débats se sont concentrés lors du procès autour de quatre témoignages de victimes. Quatre jeunes filles dont le couple Epstein-Maxwell aurait abusé sur une période courant de 1994 à 2004, alors qu’elles étaient parfois âgées d’à peine 13 ans. Le procès a mis en évidence comment Maxwell avait souvent joué un rôle de rabatteuse cherchant à s’attirer la confiance de jeunes filles vulnérables, avant de prendre part ou non aux exactions sexuelles que leur faisait subir Epstein. Lequel, menant grand train entre ses cinq demeures, dont une île privée aux Caraïbes, entretenait sa complice après qu’elle fut ruinée à la suite du scandale financier qui avait entouré son père juste avant sa mort - il lui aurait versé 30 millions de dollars entre 1999 et 2007.

"Figure expiatoire ?"

Ses proches et ses avocats avaient, dès avant le procès, fustigé une procédure "d'acharnement", où Maxwell servirait de figure expiatoire aux institutions américaines, à défaut de pouvoir traduire Epstein lui-même en justice. Et sa famille avait même saisi l'ONU pour dénoncer ses conditions d'incarcération depuis son arrestation. Lors de sa plaidoirie, l'avocat de la défense arguait ainsi : "Elle est jugée ici pour avoir été avec Jeffrey Epstein. Peut-être était-ce là la plus grande erreur de sa vie, mais ce n'est pas un crime." Sans convaincre les jurés. Lors de l'annonce du verdict, survenu au terme du cinquième jour de délibérations, elle n'a laissé transparaître aucune réaction.

Le verdict a été salué par Virginia Giuffre, qui accuse Epstein et Maxwell de l’avoir exploitée sexuellement pendant des années, alors qu’elle était mineure, et ainsi livrée aux abus de nombreuses personnalités proches du couple : financiers, politiciens, figures de la mondanité internationale… Parmi lesquelles le prince Andrew, membre de la famille royale britannique.