En Haïti, des étudiants bravent tous les dangers pour assister aux cours

Dans les quartiers contrôlés par les gangs, faire le chemin entre son foyer et sa faculté est un vrai parcours du combattant.

En Haïti, des étudiants bravent tous les dangers pour assister aux cours
©afp
J.F. (avec AFP)

Cela fait des mois maintenant que l'île d'Haïti, située dans les Antilles, vit au rythme des gangs dont l'emprise s'est largement étendue au-delà des quartiers défavorisés de Port-au-Prince. Dans la capitale, la criminalité y est telle que certains quartiers sont carrément devenus "hors de contrôle". Près de 20.000 personnes se sont déjà enfuies. La police, elle, a choisi de ne plus intervenir dans certaines zones. Mais, malgré cela, des étudiants sont déterminés à poursuivre leurs études. La peur au ventre, ils bravent tous les dangers pour tenter de s'offrir une vie meilleure.

Interrogés par le Nouvelliste, plusieurs jeunes ont expliqué que le trajet entre leur foyer et leur école était devenu tellement dangereux qu'ils étaient parfois contraints de dormir dans la rue ou dans leur établissement scolaire. Jean-Philippe, étudiant à la Faculté des sciences humaines, raconte que dormir est devenu un défi quotidien. "Je ne veux pas dormir indéfiniment n'importe comment dans les locaux des facultés. Parfois, je marche des heures la nuit avant de trouver un endroit où me reposer", explique-t-il. Lorsque la situation se dégrade, il avoue avoir peur de mourir. "Lorsque les gangs interdisent la présence humaine sur les routes, les salles des facultés sont soit bourrées d'étudiants qui ne peuvent pas les quitter, soit vides parce que mes camarades ont tellement peur qu'ils sont obligés de rester chez eux en attendant que la situation s'améliore."

"C'était le pire moment de ma vie"

Esther, une autre étudiante du supérieur interrogée par le quotidien le plus ancien de l'île, avoue craindre de se faire violer sur la route. Elle aussi est donc contrainte de dormir dans des endroits de fortune, avec la boule au ventre. "Un jour, j'ai voulu rentrer à la maison. Quand j'étais dans le minibus, j'ai vu des jeunes qui tiraient à hauteur d'homme sur un véhicule de police. Nous pensions que nous allions mourir. Le minibus est passé et personne n'a été blessé mais c'était le pire moment de ma vie. J'avais un sentiment de peur, mais pas au point d'abandonner mes études."

L'assassinat, il y a six mois, du président haïtien dans sa résidence privée a amplifié la profonde crise politique dans laquelle le pays de la Caraïbe est englué depuis des années. Sans parlement fonctionnel depuis deux ans et avec un pouvoir judiciaire paralysé par le manque de juges à la plus haute cour du pays, la population haïtienne est quotidiennement confrontée à la montée en puissance des gangs, qui multiplient les enlèvements crapuleux en toute impunité.

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