Cet "étudiant éternel" a étudié pendant 33 ans sans obtenir le moindre diplôme

Le chef d'un syndicat étudiant bolivien est accusé d'avoir "faussement" étudié pendant 33 ans pour conserver son poste. Dans ce pays, c'est ce que l'on appelle "un dinosaure".

J.F.
Cet "étudiant éternel" a étudié pendant 33 ans sans obtenir le moindre diplôme
©shutterstock

On les appelle "les dinosaures". Il s'agit d'hommes et de femmes qui restent étudiants presque toute leur vie afin de conserver les avantages de leur poste de leader étudiant dans les établissements supérieurs boliviens. Comme l'explique El Deber, un tabloïd bolivien, "ils ont parfois des petits-enfants mais, pourtant, ils restent des étudiants universitaires".

Ces "dinosaures" sont apparus après les années 60, "lorsque les universités ont commencé à faire de la politique", poursuit le journal. Leur fonction au sein des instances étudiantes dans les établissements publics leur permet d'avoir un pouvoir de décision et de répartir les aides qu'ils reçoivent de l'Etat bolivien. "Ils s'assurent aussi que personne n'essaie de fourrer leur nez dans leurs affaires pour voir comment ils dépensent les ressources publiques", continue le journal. Toujours selon El Deber, certains d'entre eux recevraient des "salaires mirobolants, dans certains cas, même supérieurs à ceux des recteurs".

À certaines occasions, leur statut controversé de "chef éternel" est remis sur le devant de la scène. C'est ce qui est arrivé à Max Mendoza.

"Il a échoué à 200 matières"

Max Mendoza, 52 ans, est président de la Confédération universitaire bolivienne (CUB). Autrement dit, un syndicat étudiant. Si l'on parle de lui aujourd'hui, c'est parce qu'il est accusé d'avoir joué un rôle dans un rassemblement étudiant marqué par un mouvement de foule ayant fait 4 morts et 70 blessés à l'Université d'Etat Tomas Frias. Ce drame a servi de prétexte pour s'interroger sur sa situation.

"Max Mendoza étudie depuis 33 ans à l'université", a dénoncé le député Hector Arce. "Il a échoué à plus de 200 matières, a obtenu zéro à plus d'une centaine de matières." Mais ce parcours interminable lui a permis de conserver son statut pendant plusieurs années, ainsi que tous les avantages qui en découlent. "En Bolivie, c'est un business d'être leader universitaire. Pourquoi étudier et être reçu si cela a beaucoup d'avantages?"

En plus de ça, Max Mendoza est salarié au Comité exécutif de l'Université bolivienne (CEUB), poste pour lequel il reçoit un salaire mais pour lequel il n'est pas qualifié.

En tout, Max Mendoza est accusé d'avoir causé un préjudice de 1,8 million de bolivianos (250.000 euros). Précisons que cela correspond majoritairement à ses années passées à la tête du CEUB. Après plusieurs plaintes, il est poursuivi pour "enrichissement illégal, gain lié à la fonction, comportement antiéconomique et détournement de fonds".

"Nous pensons qu'avec cette plainte, le parquet doit enquêter sur tous les faits qui concernent cet étudiant universitaire", a déclaré le ministère public.

Max Mendoza, lui, a déclaré à Pagina Siete qu'il était victime de diffamation et qu'il "se défendrait" face aux accusations. Il affirme que les dirigeants étudiants n'ont pas reçu "un seul sou distribué de manière illégale".